"Zambezia 2061, une utopie africaine"

 "Zambezia 2061, une utopie africaine"

 

Une co-production CCFM Maputo/ Cie Istambul Production  (Mozambique-Mayotte), 

Texte et mise en scène Alain Kamal Martial, 

Interprétation Lucrecia Paco, 

Musique: Batterie Tony Paco, Saxophone Muzila Xavier Malembe,

Direction musicale, Tony Paco.

 

https://www.facebook.com/CentroCulturalFrancoMocambicano/videos/1237045606425979/

 

 

Par Alain Kamal Martial : Cie T. Eastambul Production. Écrivain et dramaturge

Docteur en Littératures française et francophone

APPEL A CONTRIBUTION Institut français d’Alger 7 et 8 juillet 2018

La projection des films dans le cadre des Instituts français et
des Alliances françaises au Maghreb et en Afrique

Workshop international

Programmation, publics, dispositifs d’aide à la formation professionnelle

APPEL A CONTRIBUTION
Institut français d’Alger
7 et 8 juillet 2018

Organisation : Jean-Jacques Beucler, Narimène Laouadi, Giusy Pisano

Ce workshop a comme objectif de réunir institutionnels et universitaires en vue de collecter et comparer les données locales au niveau maghrébin et africain : quelle est l’histoire particulière de l’Institut français et de l’Alliance française dans les pays concernés ? Quelle programmation cinéma dans leurs salles de cinéma pour quel public et quelle relation avec la production locale ? Quels dispositifs pédagogiques et quels dispositifs d’aide à la formation et à la diffusion sont-ils proposés aux publics, amateurs ou professionnels ? Par ces questionnements il sera possible de mettre en lumière les spécificités et les points en communs des établissements. Par ailleurs, si notre choix s’est porté sur l’Algérie c’est en raison du rôle de l’IF Alger dans la diffusion du cinéma français, mais aussi du cinéma
algérien émergent. En effet, cet établissement projette des films de réalisateurs algériens qui peinent à trouver une diffusion dans les salles de cinéma locales ; des masters class sont proposées aux jeunes cinéastes demandeurs de professionnalisation dans un pays où il n’y a plus d’école de cinéma (Institut national de cinéma, école de Ben Aknoun, 1964-1967). La table ronde que nous proposons s’inscrit dans le même esprit puisqu’elle réunira des cinéastes et des producteurs de la « jeune garde » du cinéma algérien (Damien Ounouri, Karim Moussaoui, Adila Bendimerad, Sofia Djama, etc.) Le choix de l’Algérie est symbolique au regard de l’histoire particulière de ses relations avec France dont l’Institut français est traversé.

Ce workshop s’inscrit dans le cadre du programme de recherche “Exporter et soutenir le cinéma français dans le contexte des Instituts français et des Alliances françaises”. A travers le cas du cinéma, ce projet entend questionner les modalités et formes d’action de la diplomatie culturelle française dans le domaine de la promotion, la circulation et l’exportation du cinéma français. Les recherches se concentrent sur l’analyse des activités et initiatives organisées et soutenues par les Instituts français (IF) et Alliances françaises (AF), à travers leurs salles de cinéma. Nous analysons l’efficacité de ces actions (part de marché du cinéma français dans la consommation globale, influence du cinéma français sur la création locale, adaptation de l’organisation du modèle français) tout en questionnant leurs limites et difficultés. Face à l’intensification des flux internationaux de biens culturels et à la concentration des entreprises de la culture, quel sens particulier ce volet de l’action culturelle extérieure française peut-il encore avoir et quelles orientations pour faire face à ces enjeux  Ce projet, proposé par l'IRCAV, s’inscrit dans les orientations du Labex ICCA et plus spécifiquement dans le programme structurant « Modèle Français ».

 

Ce projet compte pour principaux partenaires : IF, AF, CNC, MEAE, ERCAE.
Responsable scientifique : Giusy Pisano, professeure des Universités à l'École nationale supérieure Louis-Lumière, Directrice de recherche à l'ED Arts et Médias/Université Sorbonne Nouvelle Paris III et à l'ED 540/ENS PSL. Membre de l'IRCAV, membre associé du Grafics (Montréal), Research
Professor, Center of Korean History, Korea University.


Équipe de direction :
Kira Kitsopanidou, professeur, IRCAV, Université Sorbonne Nouvelles Paris 3, cinéma et audiovisual ; Sora Hong, doctorante, EHESS, UMR 8173 Chine, Corée, Japon, histoire et civilisation ; Alexandre Labruffe, doctorant, IRCAV, Université Sorbonne Nouvelles Paris 3, cinéma et audiovisuel, chargé de cours à l’Université d’Evry ; Narimène Laouadi, doctorante, IRCAV, Université Sorbonne Nouvelles Paris 3, cinéma et audiovisuel; Nicolas Peyre, enseignant-chercheur, Université de Toulouse-Capitole (IDETCOM)

Conseil scientifique : Philippe Bourdier, MCF-HDR à l’Université d’Orléans et spécialiste de l’éducation et la formation aux images, François Chaubet ; professeur à l’Université Paris-Ouest Nanterre et spécialiste de l’action culturelle extérieure ; Laurent Creton, président du Conseil académique, Vice-président de la Commission de la recherche, Professeur à l'Université Sorbonne Nouvelle Paris 3 et spécialiste en management stratégique des entreprises dans les secteurs du cinéma et de l'audiovisuel ; Laurent Martin, professeur des Universités à l'Université Sorbonne Nouvelle Paris 3, ICEE/CERLIS et spécialiste de l’histoire des politiques culturelles ; Valérie Vignaux, professeure à l’Université de Caen et spécialiste du cinéma français et l’éducation par les images.

Contributions, à ce jour :

Jean-Jacques Beucler (directeur de l’Institut français d’Alger) présentation des l’IF Alger. IF d’Oran
Fanny Aubert-Malaurie (conseiller cinéma, département cinéma IF Paris)
Patricia Caillé (MCF Université de Strasbourg) : témoignage l’IF de Tunis
Directeur ou attaché culturel ou attaché audiovisuel : IF Tunis
Mehdi Derfoufi (docteur, chercheur associé à l’IRCAV) : évolutions des IF Maroc
Antoine Le Bihan : présentation de l’IF du Maroc (Rabat)
Directeur ou attaché culturel ou attaché audiovisuel: IF Cameroun.
Karine Blanchon (Université de Bordeaux) : IF Madagascar
Directeur ou attaché culturel ou attaché audiovisuel : IF Madagascar
Philippe Bourdier (Université d’Orléans)
Claude Forest (Université de Strasbourg)
Alexandre Labrouffe (Paris 3)
Mongi Madini (MCF Université de Besançon) : témoignage sur l’AF Cameroun et IF Yaoundé et Douala, Khartoum et Juba
Directeur ou attaché culturel ou attaché audiovisuel : IF Soudan
Justin Ouoro (professeur de cinéma à l'Université de Ouagadougou) : témoignage sur l’IF Burkina Faso.
Nicolas Peyre (Université de Toulouse)
Directeur ou attaché culturel ou attaché audiovisuel : IF Burkina Faso
Table ronde « La jeune garde du cinéma algérien » : cinéastes, acteurs, producteurs (Damien Ounouri, Karim Moussaoui, Adila Bendimerad, Sofia Djama, etc.) Témoignages sur leur expérience à mettre en perspective dans le colloque « Cinéphile et promotion locale ».

Les propositions sont à envoyer avant le 25 avril à l’adresse :

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FESTIVAL INTERNATIONAL DES IMAGES COMIQUES

FESTICO, étant le FESTIVAL INTERNATIONAL DES IMAGES COMIQUES, est dédié à tout ce qui est comique comme film (long-métrage, court-métrage, sitcom). Ainsi, pour participer à la sixième édition de la fête internationale des films comiques, les informations ci-dessous vous sont destinées. Alors, plus d'hésitations car l'hésitation est égale à zéro. Venez donc saisir l'occasion qui s'offre à vous. 
L'équipe de OK CINÉ dit bravo et bonne continuation à toute l'équipe de Festico Yaoundé. 
 
OK CINÉ, c'est le cinéma dans vos poches.
 
Par OK CINÉ.

Pasolini, cinéaste civil

NOUVEAU NUMÉRO

Pasolini, cinéaste civil

SOUS LA RESPONSABILITÉ
DE JULIE PAQUETTE
ET DE SILVESTRA MARINIELLO

 

L’année 2015 a marqué le quarantième anniversaire de l’assassinat de Pasolini. Le dossier « Pasolini, cinéaste civil » cherche cependant à faire entendre le désir de vivre du cinéaste et à faire comprendre comment ce désir de vivre trouve dans le cinéma son médium idéal. Regarder Pasolini par le prisme de cette vie vécue —en privilégiant l’infini plan-séquence de son action contre l’opération réductrice du montage-mort— nous paraît être le seul geste qui puisse laisser entendre le sens et l’actualité de son engagement dans la réalité historique italienne et mondiale, et rendre compte de sa recherche
passionnée d’une immanence au réel, un réel toujours contradictoire et concret. Pasolini revendique « un amour désespéré pour la réalité », que le cinéma lui permet de mettre à l’épreuve et de développer. « Les problèmes ne se résolvent pas, ils se vivent... et la vie est lente » récite la voix off à la fin du Carnet de notes pour une Orestie africaine. Cette lenteur chargée de l’expérience des peuples et des individus —d’un hors-champ que Pasolini cherche à faire passer dans le champ de la caméra, de « réalités interdites de représentation » qui, « mises au jour », opposent résistance à la représentation et en montrent le nécessaire échec— coexiste avec l’action inlassable du poète contre la « normalité » et la fausse tolérance des petites bourgeoisies du monde.

 

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https://www.sodep.qc.ca/numero/vol-27-numeros-1-automne-2016/Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

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CiNéMAS

REVUE D’ÉTUDES CINÉMATOGRAPHIQUES | JOURNAL OF FILM STUDIES

Fespaco 2017 : Le cinéma noir brésilien s’affirme

Le Forum Itinérant du Cinéma Noir (FICINE) et le Cinéma Numérique Ambulant (CNA) ont organisé, le 3 mars dernier à Ouagadougou, une soirée dédiée au cinéma afro-brésilien. Au programme, la projection de quatre courts-métrages de réalisateurs noirs brésiliens dont le précurseur, Zózimo Bulbul, et un débat sur les relations entre les cinémas d’Afrique et ceux de sa diaspora. Occasion de parler du racisme structurel dont sont victimes les cinéastes noirs dans ce grand pays d’Amérique du sud, et de la résistance qu’ils opposent.

« L’Afrique ne se résume pas à ses habitants du continent », a déclaré Clément Tapsoba, directeur de la communication de la Fédération panafricaine des cinéastes (FEPACI), citant  ainsi Thomas Sankara, président du Burkina Faso au cours d’une visite à Harlem (quartier de New York aux Etats-Unis), dans sa main tendue aux noirs d’Amérique et des Caraïbes en 1984. C’était au cours d’un débat sur les rapports entre les cinémas afro-diasporiques et les cinémas d’Afrique, organisé le 3 mars à Ouagadougou, à l’occasion de la 25ème édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision (FESPACO) par le Cinéma Numérique Ambulant (CNA) et le Forum itinérant du cinéma noir (FICINE).
La soirée consacrée au cinéma noir brésilien s’est achevée par la projection de quatre courts-métrages. Notamment L’âme dans l’œil (11’, 1973) de Zózimo Bulbul, œuvre inaugurale du cinéma afro-brésilien qui utilise le corps comme un lieu de mémoire pour raconter la traite et de l’esclavage des Noirs jusqu’à leur libération. Mais aussi des films de jeunes réalisateurs : Le temps des Orixás d’Eliciana Nascimento (20’, 2014) qui s’intéresse aux Orishas, divinités issues de la culture africaine avec l’eau comme symbole de la douloureuse séparation entre l’Afrique et une partie de ses enfants. Sur un ton plus léger, Le jour de Jerusa de Viviane Ferreira (15’, 2014), aborde la question de la solitude de vieilles femmes noires en ville. Backyard d’André Novais (20’, 2015) est un film fantastique qui nous mène sur les chemins de l’amour marital et des ambitions, même dans la vieillesse. Kbela de Yasmin Thayná (23’, 2015) aborde la question de l’identité noire à travers le cheveu. Une sorte de résistance pour avoir droit à une beauté naturelle, loin de l’opinion dominante qui veut que le cheveu beau soit bien lisse et non crépu.
Quatre films engagés qui présentent, de façon assez représentative, la production artistique noire au Brésil et qui soulèvent des thématiques différentes : l’esclavage, la mémoire, le passé, la question de l’identité raciale, les croyances, la solitude, l’amour, le quotidien… Mais qui permettent aussi de garder vivante la mémoire et les traditions d'origine africaines dans la culture brésilienne d’aujourd’hui.  Fait notable, les personnages de ces films sont presque tous Noirs. Et les films respectent bien le manifeste du cinéma noir brésilien intitulé « Dogme Feijoada », inspiré par le réalisateur Jeferson De en 2000, qui veut que les films soient dirigés par des Noirs, avec des protagonistes noirs, sur des thèmes liées à la culture noire brésilienne, en évitant des personnages stéréotypés ainsi que les super-héros et super-vilains et en favorisant le noir commun.
Des rôles stéréotypés pour les Noirs
Coordonnatrice du FICINE dont le but est de construire un réseau d’échanges et de projets qui posent la réflexion sur les cinémas noirs de la diaspora et du continent africain, Janaína Oliveira explique : « Les noirs brésiliens sont absents des écrans et des salles de cinémas. Quand ils apparaissent dans les telenovelas, c’est eux qui servent le café, qui volent, qui se prostituent, ils sont toujours montrés dans des rôles négatifs. La proposition qui est faite dans ces courts-métrages c’est de montrer enfin des personnages noirs brésiliens avec des rôles positifs, pour changer cette image fausse qu’il y a de la population brésilienne ». 
La chercheuse Maíra Zenun, qui nourrit le projet de création d’un festival de cinéma dédié à Lisbonne au Portugal, renchérit dans le même sens : « près de 60% de la population brésilienne est noire mais elle est présentée dans le cinéma de façon très irrespectueuse. Ce qui fait que les réalisateurs noirs font aujourd’hui un cinéma de guérilla ». Pour Viviane Ferreira, présidente de l’Association des professionnels de l’audiovisuel noir (APAN), « l’audiovisuel brésilien a produit des films blancs, rendant invisibles les Noirs qui sont pourtant majoritaires au Brésil. Que le cinéma noir montre des personnages noirs, c’est mettre ça en valeur».
 
Dans un contexte d’embellie du cinéma brésilien (143 longs-métrages brésiliens distribués, plus de 184 millions d’entrées, 3 168 d’écrans en 2016 d’après le monde.fr), les œuvres des Noirs restent en marge. Dans son article intitulé « L'émergence d'un (nouveau) cinéma noir au Brésil: Représentation, Identités et Négritudes » publié en 2016, Adriano Domingos Monteiro, cite, pour confirmer cette marginalité, une enquête publiée en juillet 2014 et réalisée par le Groupe d'étude pluridisciplinaire Affirmative Action (GEMAA) de l’Institut des études sociales et politiques de Rio de Janeiro. Cette enquête baptisée «Le visage du cinéma national : profil, sexe et couleur des acteurs, réalisateurs et auteurs de films brésiliens» a analysé les plus gros succès du cinéma brésilien entre 2002 et 2012, pour un total de 218 productions. L'enquête montre que sur les films analysés, 84% des réalisateurs sont des hommes blancs, 13% des femmes blanches et seulement 2% des femmes et des hommes noirs. L'inégalité est maintenue lorsque les données se réfèrent à la présence d'acteurs dans les productions cinématographiques. L'enquête révèle que 80% de la distribution est blanche. Des Noirs apparaissent dans seulement 31% des films, très souvent dans des rôles stéréotypés liés à la pauvreté ou au crime.
Le cinéma comme outil politique
La question du racisme dont sont victimes les Noirs au Brésil a été au centre du débat. Autour de la table, Janaína Oliveira, mais aussi Clément Tapsoba, ancien conseiller du Délégué général du Fespaco, Maira Zenun et Viviane Ferreira, par ailleurs réalisatrice. A ce sujet, cette dernière s’est faite virulente: «Au Brésil, le racisme existe, il est violent et son objectif est d’éliminer la population noire. La structure sociale du Brésil est basée sur l’esclavage et aujourd’hui, on voit que ceux qui ont des possibilités d’accès aux droits et aux privilèges ont des ancêtres qui un jour ont mis en esclavage des corps noirs. Les descendants d’Africains sont victimes de plusieurs racismes, en particulier du racisme symbolique. Ce qui justifie la nécessité de parler du cinéma noir comme outil politique ».
L’APAN qu’elle préside se veut donc un outil de lutte politique qui regroupe des professionnels des cinéastes activistes, qui font des films pensés comme des actes de résistance contre l’exclusion, dans un pays qui n’a pas encore réussit à faire la paix avec son passé esclavagiste. « Il existe pour revendiquer cette posture des corps noirs face à l’industrie cinématographique au Brésil et dans le monde », affirme Viviane Ferreira qui ajoute : « Les dix dernières années, il y a eu un investissement très fort de la part des autorités publiques dans le cinéma mais malheureusement, ces ressources n’ont pas bénéficié aux professionnels noirs. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : le seul long métrage de fiction d’un réalisateur noir au Brésil date de 1984 [Amor Maldito d’Adelia Sampaio, également considéré comme le premier film brésilien sur le lesbianisme, NDLR]. J’ai 31 ans, je fais des films depuis 11 ans et j’ai une société de production depuis 9 ans. Mais dans mon pays, je n’ai eu la possibilité que de faire des courts métrages et ça, c’est une anomalie sociale ».
 
Dépendance des producteurs
Au Brésil, deuxième pays au monde qui compte la plus grande population noire après le Nigéria, l’Agence Nationale du Cinéma (ANCINE), un organisme public, s’occupe du financement des films, accentuant ainsi la dépendance des producteurs à l’égard de l’Etat. Certains réalisateurs noirs ont bénéficié de financements mais pas assez pour faire un court-métrage. C’est le cas de Viviane Ferreira et d’André Novais qui ont dû recourir au crowfunding. Là encore, les choses n’ont pas été simples : « Au Brésil, la population noire a un accès très limité aux capitaux et c’est très compliqué de se dire que les Noirs eux-mêmes pourront investir dans des films, puisque à partir du moment où les gens doivent financer un film ou manger, ils préfèrent manger », soutient la réalisatrice du Jour de Jérusa. Célia Regina Bittencourt, ambassadrice du Brésil au Burkina Faso, apporte une nuance à ce sombre tableau : « le Brésil est un pays très complexe, nous avons une population marginalisée et c’est nécessaire de poser ces questions mais je pense qu’on a fait des progrès. Le financement est très difficile, le gouvernement demande à des entreprises de financer la culture. Nous avons fait de gros efforts pour aider la culture brésilienne, pas seulement blanche, mais aussi noire et indienne ».
Malgré ces propos rassurants, les structures comme le FICINE, l’APAN et le Centre Afrocarioca de Cinéma créé en 2007 à Rio de Janeiro par Zózimo Bulbul, ont vu le jour pour promouvoir la culture africaine du Brésil et les cinéastes noirs. Ils permettent à ce cinéma encore marginal d’être présent sur les écrans pour participer à la construction des imaginaires et des identités, établissent des ponts avec l’Afrique. Ils suivent ainsi les traces d’un mouvement amorcé par Zózimo Bulbul. Une sorte de reconnaissance d’un travail qu’il avait commencé bien avant. Comédien et réalisateur brésilien, Bulbul tient un rôle dans le film La déesse noire (150’, 1978) du Nigérian Ola Balogun, unique co-production Brésil-Afrique jusqu’ici. Ce film raconte le voyage d’un jeune nigérian qui va au Brésil à la recherche de ses ancêtres déportés comme esclaves deux siècles avant. En 2009, Bulbul est invité par le Fespaco pour présenter ses films et ceux de 16 autres réalisateurs afro-brésiliens. En 2010, il participe au Festival mondial des arts nègres à Dakar au Sénégal. En 2013, Bulbul décède à Rio de Janeiro.
Il est à déploré que toutes ces actions, jusqu’ici, n’aient pas aboutit à une seconde co-production Brésil-Afrique. Cependant, Clément Tapsoba rassure de la volonté du Fespaco et de la Fepaci d’intégrer les cinémas de la diaspora : « La FEPACI dès le départ en 1970 avait cette volonté. Il y a eu des appels de pieds et il existe aujourd’hui la région Amérique latine et centrale avec un représentant nommé en 2013 à notre congrès à Johannesburg qui s’occupe de la diaspora de ces régions ». Janaína Oliveira souligne que le Fespaco a toujours eu cette ambition de décoloniser le regard qu’on porte sur le cinéma et d’être un miroir du cinéma noir brésilien. N’empêche qu’au-delà de la volonté collective affichée, les actions concrètes restent rares, et l’amnésie collective bien en place. Janaína Oliveira se veut positive toutefois : « j’espère qu’aujourd’hui c’est simplement le début d’une discussion qui va se poursuivre. L’idée aussi est d’amorcer une réflexion par rapport à comment est-ce que les personnages noirs sont perçus, de réfléchir à des liens qui existent entre les films ».


Stéphanie Dongmo

Cinéma : Sembène vu par les Africains

Du 9 au 11 juin 2017, Galle Ceddo Projects, en collaboration avec des douzaines d’institutions africaines dont le réseau Cinéma Numérique Ambulant, présente le projet « Sembene à travers l’Afrique » ; une série de trois jours de projections publiques et privées gratuites du film « Sembene ! » de  Samba Gadjigo et Jason Silverman. Cette initiative qui se déroule à travers l’Afrique et la diaspora africaine vise plus de 90 projections publiques dans une trentaine de pays.

Le film à diffuser célèbre Ousmane Sembène, « le père du cinéma africain », qui a passé des décennies à produire un cinéma visionnaire et pertinent pour une Afrique nouvellement indépendante. « Sembene ! » a eu ses premières projections en compétition aux Festivals Sundance et Cannes et a été projeté dans plusieurs  pays  dans le monde et il  faisait partie de la liste des sept meilleurs films de 2015 et parmi les 10 meilleurs films choisis par le New York Magazine.
A ce jour,  d’après le communiqué de presse qui annonce l’évènement, plus de 90 projections publiques dans 30 pays ont été confirmées, et d’autres sont attendues. Toutes les projections seront gratuites et financées par la Ford Foundation, l’Institut Sundance, les levées de fonds populaires dont une levée de fonds électronique qui s’est déroulée du 1er au 25 mai.
Toutes les projections seront suivies de débats dont plusieurs seront menées par des universitaires et des cinéastes. Une liste complète des projections sera mise à jour sur www. Sembenefilms.com (voir ci-dessous le programme des projections organisées par le Cinéma Numérique Ambulant).
Ecoles du soir pour les Africains
En plus des projections, des séminaires seront organisés à Dakar (Sénégal), Ouagadougou (Burkina Faso) et à Conakry (Guinée). Le film sera diffusé à travers le continent pendant ces 3 jours. L’équipe d’organisation, dont des producteurs et  des consultants, comprend Ngugi Wa Thiong’o, (Kenya) Gaston Kabore (Burkina)  Fatou Kande Senghor, Ousmane Sene et Rama Thiaw (Senegal), Samantha Etane et Issa Nyaphaga (Cameroun),  les professeurs André Siamundele (RDC), Fibby Kioria (Uganda), Jacqueline Nsiah (Ghana), Mickey Fonseca (Mozambique) et Abderrahmane Diallo (Guinee), entre autres
Le projet est motivé par le désir  non réalisé de Sembène de son vivant, et après 50 ans de travail continu, de restituer les histoires africaines aux Africains. Pendant des décennies, à travers la période coloniale, et jusqu’aux indépendances à la fin des années 50 et au début des années 60, les écoles coloniales, les journaux, les télévisions, les films et les langues de l’Europe étaient les seuls vecteurs dominants de la culture africaine. Les cultures africaines étaient marginalisées et criminalisées et plusieurs Africains ont perdu contact avec  leur passé.  Dès son premier film, Borom Sarret (1962), Sembène s’est consacré à faire un cinéma conçus comme « école du soir » pour les Africains.
 
Ses œuvres ont revu  l’histoire africaine selon une perspective africaine, dénoncé la corruption des dirigeants et célébré « l’héroïsme au quotidien ». Sembène a passé 50 ans à écrire des livres et à faire des films dans un effort sans relâche, de réorienter les Africains après des générations de colonisation. Malheureusement, 10 ans après sa mort, Sembène, un véritable héros d’un cinéma de montée en pouvoir des Africains, demeure inconnu de plusieurs jeunes Africains.
Partager l'héritage de Sembène
De même, ce film documentaire biographique,  plusieurs fois primé de par le monde, demeure inaccessible aux Africains. Cet événement de dimension continentale va célébrer le message de Sembèene sur la prise de pouvoir, la récupération de la culture africaine et le panafricanisme.
Selon Samba Gadjigo, le réalisateur du film et biographe de Sembène, « le projet Sembène à travers l’Afrique vise à inspirer toute personne dévouée au progrès de l’Afrique. » Ce projet représente une étape importante vers notre objectif principal : injecter dans la conscience des Africains le legs de Sembène fait d’histoires  militantes et progressistes.
Usant des nouveaux outils que sont les réseaux sociaux, les technologies numériques et les organisations communautaires, les organisateurs espèrent partager ce documentaire avec un vaste public, qui va apprécier les puissantes histoires d‘Ousmane Sembène à travers le continent.
S.D.
 
Le Programme des 9 projections du CNA (dès 19h tous les soirs)
 
Burkina Faso
9 juin : Ouagadougou
10 juin : Koudougou
11 juin : Dédougou
Mali
9 juin : Bamako
10 juin : Ségou
Niger
9 juin : Niamey
10 juin : Dosso
Bénin
9 juin : Ouéga_tokpa
10 juin : Cotonou (Tokan)


Contact : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

 

Le blog de Stéphanie Dongmo.