Jean Roke Patoudem : « Le succès de la série africaine pourrait la déstabiliser »

Président Directeur général de la société de production Patou Films International, il parle de l’évènement « La Nuit de la série africaine » qu’il a organisée à Yaoundé et Douala dans le cadre du festival Ecrans Noirs en juillet 2017, mais aussi du succès et des difficultés des séries tv africaines et du manque des moyens de promotion.

 

A l’occasion du festival Ecrans noirs 2017, vous avez organisé le 18 juillet à Yaoundé et le 21 juillet à Douala, deux éditions de La Nuit de la série africaine. Quel bilan pouvez-vous en faire ?

Bilan très positif, au-delà de toutes nos espérances. Car il faut préciser que c’était la première fois au Cameroun que s’appliquait le concept de « La Nuit de la série africaine » tel que je l’avais créé en 2013 au Fespaco. A Yaoundé, la salle de l’Institut Français était pleine dès 18h et à Douala, malgré la pluie qui est tombée sur la ville dès 17h, nous avions eu 250 personnes sur les 300 places que compte le CanalOlympia Bessengue. Encore que cette superbe salle n’est pas encore bien connue du grand public.  
 
La Nuit de la série se greffe à des festivals qui, eux-mêmes, proposent déjà une compétition série Tv, avec très souvent les mêmes œuvres. A-t-elle encore ainsi, lieu d’être ?
La Nuit de la série africaine n’est pas un festival et ne peut en aucun cas se substituer à celui-ci. C’est un événement qui anime un festival. Son concept est d’être accueilli par des festivals de renom tel que le Fespaco, les Ecrans noirs… et programmé avec les productions des partenaires dont ces mêmes festivals en font partie ; les festivals ne pouvant proposer à la programmation qu’une partie des séries qu’ils ont en compétition. Voilà le pourquoi il y a des doublons et c’est bien normal.
 
Cette année, sur les 13 séries proposées, six était camerounais. Comment se fait le choix des œuvres à diffuser ?
Chaque partenaire propose par ordre de préférence les séries qu’il souhaite promouvoir lors de l’événement. Je récupère tout cela et programme la soirée tout simplement. Les six séries camerounaises en question sont les choix de la chaîne A+ et du festival Ecrans Noirs, faits sans concertation aucune. Je pense que cette forte présence des séries camerounaises est le fruit de la vivacité de leur production.

Comment se porte la série camerounaise aujourd’hui ?
Le Cameroun était déjà présent au dernier Fespaco avec quatre séries, talonné par la Côte d’Ivoire avec trois séries. Le Cameroun a maintenu la même longueur d’avance aux Ecrans noirs cette fois-ci avec trois séries. Cela montre une production active malgré l’absence d’aide à la production nationale ou internationale. 

Ces dernières années, on constate que la série tv est en pleine expansion en Afrique francophone. Peut-on aujourd’hui évaluer la production de ces séries en quantité et en qualité ?
Les séries africaines sont de plus en plus nombreuses à être produites et de mieux en mieux en gamme de qualité. On assiste ces deux dernières années à un réel décollage de la série africaine : bon scénario, belle production, bon casting et bonne maîtrise technique.
 
Malgré cette expansion, les chaînes de télévision, publiques ou privées, accordent encore une grande place aux telenovelas qui viennent d’Amérique du sud ou d’Asie, en arguant la faiblesse de la production locale face au besoin. Comment inverser la tendance ?
De part leurs statuts, les télévisions privées font ce qu’elles veulent de leur déontologie. Quant à la télévision publique nationale, c’est une honte de mettre à l’antenne les œuvres des autres. Je ne comprends pas sa mission. C’est au service public de montrer les atouts artistiques et culturels du Cameroun. Mais quelqu’un doit y trouver son compte en montrant des telenovelas au Camerounais. Sinon, je ne comprendrais pas ces désaveux culturels de la part d’un service de l’Etat. Entre nous, les Camerounaises et les Camerounais du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest méritent mieux leurs cultures que celle des autres !
 
Il existe aussi de plus en plus de séries d’Afrique anglophone qui, doublées en français, s’imposent en Afrique francophone. Y a-t-il aussi des séries francophones qui arrivent aussi à s’imposer en Afrique francophone ?
Quelques grands groupes multinationaux, via leurs petites sociétés de distribution, ont obtenu des subventions auprès des organismes français pour doubler nos séries francophones en d’autres langues. Pour l’instant, je n’ai pas vu de résultat encourageant. Mais néanmoins, je pense que nous pouvons déjà amortir nos séries dans notre espace économique francophone. Il n’y manque cruellement que des outils de promotion.
 
Nos séries africaines arrivent-elles à s’exporter vers d’autres continents ? Si oui, jusqu’où ? 
Je serais tenté par l’affirmation si je me réfère à un ou deux exemples isolés. Mais non, les séries africaines ne s’exportent pas encore au-delà de la Francophonie. Par contre, cela dépend aussi de l’incapacité de l’autre, de cet autre continent à manquer de curiosité. Le succès de la série africaine pourrait le dépasser et le déstabiliser dans son quotidien. Laissons-le d’abord se préparer.

Quel a été jusqu’ici l’apport de la Nuit de la série sur le développement de la série tv ?
Le premier objectif qui pour moi est depuis atteint, est de prolonger la promotion d’une série en salle. Ensuite vient la satisfaction du public. A Douala, un spectateur n’en revenait pas en ayant vu sa série préférée projetée sur un grand écran dans une grande salle de cinéma : « C’est comme un film ! » m’a t-il dit.
 

Propos recueillis par Stéphanie Dongmo

Jean-Pierre Bekolo : « Notre pays a peur de sa propre histoire »

Alors qu'il vient de sortir son dernier film, "Miraculous weapons" (104mn, novembre 2017), le cinéaste nous parle de sa série "Our Wishes", présenté au mois de juillet 2017 à Yaoundé.  Une production bâtie autour du Traité germano-douala de 1884 qui a abouti à la colonisation du Cameroun. Il insiste sur l’intérêt que le cinéma a à s’approprier l’Histoire.

 

Qu’est-ce qui vous a motivé à réaliser une série sur l’histoire du traité germano-douala signé en 1884 ?

Notre cinéma a besoin, pas seulement d’histoires, mais surtout de l’HISTOIRE. Il s’agit malheureusement d’un champ totalement déserté par tous. J’ai pensé que le cinéma en général  et la télévision devrait s’y engouffrer afin de rendre cette histoire qui n’est pas enseignée dans le écoles accessible à tous, de la grand-mère aux petits enfants. La série, c’est la télévision et la télévision se regarde en famille à la maison avec les parents, les grands-parents et les enfants. Il s’agit de faire entrer notre histoire dans nos maisons qui sont envahies par les histoires des autres. L’histoire du traité est un sujet qui, non seulement nous concerne, mais surtout qui est le fondement même de notre identité en tant que peuple et en tant que nation.
Pouvez-vous nous restituer le contexte de la signature de ce traité, comment comprendre que des rois aient librement décidé de céder leurs territoires à deux commerçants Blancs ?
Il faut regarder la série pour comprendre. Le grand commerçant de Hamburg, Woerman qui a un comptoir au Cameroun, veut pousser son ami Bismarck à avoir une colonie en Afrique en prélude à la conférence de Berlin qui va partager l’Afrique. Il charge donc son représentant local, le jeune Edouard Schmidt qui n’a que 24 ans d’obtenir, moyennant une forte somme (corruption), un traité avec les chefs Douala qui confient leur territoire aux Allemands. Ce dernier va s’appuyer sur le roi Bell (grand-père de Manga Bell qui sera pendu par les Allemands; ici il n’a que 7 ans). Sauf que les chefs ont déja écrit une lettre à la reine d’Angleterre pour qu’elle vienne les aider à résoudre les conflits dans la région.
 
Le traité signé par les rois douala concernait un espace se limitant à la côte, au littoral. Mais la colonisation allemande s’est étendue bien au-delà de ce territoire. Pourquoi ?
Justement, les Allemands signent avec les chef Dualas qui veulent garder le contrôle du commerce avec les peuples de l’intérieur du pays; mais les Allemands ne respectent rien de leurs désirs et profitent de ce traité pour poursuivre l’expansion de leur territoire en soumettant par la force les autres chefs. C’est cela même la nature du projet allemand qui va échapper aux chefs Douala dont ils se sont servis.Le document des souhaits existe, vous pouvez le consulter. Si nous avons intitulé la série "Our Wishes“, c’est justement pour mettre en valeur que ces chefs avaient une vision des relations qu’ils auraient souhaités avoir avec les Allemands.
Que représente le traité germano-douala  et comment a-t-il influencé l’histoire du Cameroun jusqu’à nos jours ?
Ce traité n’a pas influencé le Cameroun, il a créé le Kamerun. Les contours de cette signature ont défini la relation que les familles Doualas ont entre elles jusqu’aujourd’hui. Mais ce qui est important c’est que nous semblons ne pas tirer de leçons des tensions générées par ce traité entre-nous car notre Etat continue de signer d’autres traités avec les mêmes effets. Savez-vous par exemple que les Allemands ont offert de l‘argent au chefs, qu’est-ce que c’est si ce n’est pas la corruption? Ils sont dévalué l’huile de palme et usé de la dette pour faire céder les gens de Hickory Town (Bonaberi), etc. Toutes ces choses nous sont familières aujourd’hui dans les relations que nos pays entretiennent avec les Occidentaux.
Il y a, chez beaucoup de Camerounais, une certaine nostalgie de la colonisation allemande, qui est généralement préférée à la colonisation française. Cette série va-t-elle contribuer à la renforcer ou à la démolir?
Ni l’un ni l’autre à mon avis. “Our Wishes“ raconte avant tout une histoire de notre perspective… Donc avant tout une histoire entre nous et nous-mêmes. Maintenant, la posture qui est la mienne est celle de celui qui à qui on demande de choisir entre la peste et le choléra. Se retrouver à débattre sur qui était le moins pire entre les Allemands et les Français, tous deux colonisateurs du Cameroun, est certes une façon d’affirmer notre point de vue sur une histoire où on ne nous a jamais demandé notre avis, mais elle devrait surtout être une critique du colonialisme quel qu’il fût.
Le Goethe Institut du Cameroun est le partenaire principal de cette série qui met à jour les trahisons des Allemands. Est-ce un mea culpa ?
Les Allemands nous donnent une grande leçon a soutenant cette initiative. Nous avons un pays qui a peur de sa propre histoire et qui a fait le choix de ne pas la raconter à ses enfants afin d’éviter de heurter certaines sensibilités coloniales. Quelle est la conséquence de cette posture pour un pays comme le nôtre? Les Allemands qui acceptent de regarder cette histoire en face nous donnent de l’espoir pour l’avenir, contrairement à ceux qui refusent d’en parler.
Le scénario a été écrit par Karin Gertrud Oyono qui est ingénieure. Avez-vous fait appel à un historien pour le valider afin que la série colle au plus près de l’histoire?
Valider… en quoi consisterait cette validation? Le diplôme que Mme Oyono a obtenu à l’école ne la condamne pas d’emblée. Où est donc le scénario des historiens? Mme Oyono a fait un travail d’historien pour produire ces 2000 pages, elle a une bibliographie qu’elle a publié. Mais moi, je ne suis pas historien, je suis cinéaste. Et un cinéaste invente, il créé car quand bien même vous auriez les faits, l’émotion entourant ces faits n’est pas toujours prise en compte en histoire. Or le cinéaste raconte avec les émotions. Et je tiens beaucoup au rôle de la fiction, donc de l’invention dans le récit historique.
En réalisant une série historique, on est forcément amené à combler certains vides de l’histoire. Quelles précautions prenez-vous dans cet exercice ?
Aucune. Notre série n’est pas une thèse de doctorat. Nous faisons notre travail de cinéaste, nous construisons le récit avec des personnages et une intrigue. Le cinéma a ses outils, c’est de ces outils dont nous nous servons, et le fait que ce soit l’histoire ne change rien. Comme je l’ai deja dit, la fiction a son rôle dans le récit historique… et dans fiction , il y a invention; ce qui veut dire que quand il y a un vide on invente.
Depuis la sortie de la série, y a-t-il de bonnes nouvelles du côté des diffuseurs ? Vers quelles chaînes vous tournez-vous en priorité?
Depuis le tournage, nous avons été en relation avec les chaînes de télévision et principalement la chaîne nationale CRTV afin qu’elle assume le leadership de ce contenu patrimonial. Assumer le leadership ne veut pas dire être le seul à le diffuser, un peu comme le défilé du 20 mai ou un match des Lions. L’histoire est une affaire de tous les Camerounais. Nous travaillons pour fédérer les diffuseurs, et aussi fédérer les ressources, les talents autour d’un projet-locomotive comme “Our Wishes“, voila notre vision. Nous constatons que tout le monde s’est accommodé à un modele de cinéma de la débrouille, très individuel et éclaté; il s’agit de proposer un autre modèle plus ambitieux et fédérateur. 
La première saison de la série compte dix épisodes. Combien de saisons comptez-vous tourner, sur combien de générations de protagonistes?
Nous lançons bientôt le tournage des 20 épisodes suivants, soit deux saisons. Vous savez, nous avons 2000 pages d’histoire qui va du traité jusqu’au départ des Allemands en 1916. Et rien ne nous empêche de continuer à écrire.

Propos recueillis par Stéphanie Dongmo

CEO of Spoof Animation, he talk about his studio that produced comics and the difficulties they have to face.

How did you personally come to animated cinema?
I loved the old classics from Disney animations. I mean, Cinderella, Snow white etc. I also loved animation on TV and I grew very fund of them. I really loved to see things move and I had dreamt of doing so myself. Like I usually say, animation makes you into a demi god and you can create and make things come alive, just like God did in the beginning of creation. So I began to study and read on my own and get tutorials online to help me get better.

Spoof Animation was a dream that I had always had but decided to wait till now to begin because I needed to gather enough experience and training about the industry. So in November 2015, we got an office and started some skeletal work and started recruiting team members. It was not until January 15, 2016 that Spoof Media LTD was incorporated as a full legal business entity ready to provide services in the area of animation, comics and book illustrations.

What is you model in animation?
My role models will definitely be Walt Disney, his story inspires me a lot and makes me believe that such a life and experience can be recreated here in Africa.
In Spoof animation studio, you train young people free of charge. What purpose?

Yes, animation is a game of numbers and we have realised that in Spoof. To make a full feature length animation film we will need at least 200 animators and crew members. We realised we don’t have that number of people yet and animation is very expensive to learn abroad. So we decided that if we actually want to see a full feature length film done by Nigerians we will need to train. We are giving this training out free because we are in a hurry to meet this 200 mark as we hope to commence full production on our own feature length film in 2018.

So there are not many animators in Nigeria?
They are a number of animators in Nigeria doing their stuff in their bedrooms or where ever. However there are only few animation studios. Collaboration has always been a problem in animation in this parts and that is why when I founded Spoof I decided to bring some animators together to achieve something together as a team.
Do you use 3D in your work?
We love 2D animation and we currently shy away from using 3D animation for now. Everything we do now is fully hand drawn. But maybe in the future we may look at ways of integrating 3D into our work
For now, Spoof has only produced short films. You are working on a series, “Area daddy”. When will it be ready?

We have just been selected to pitch the Area daddy Animation series at DISCOP this year in South Africa. We are hoping to get some content distributors to take it up from us and spread it widely across Africa and the world. However we currently share the cartoon strips of the series on our social media platforms so our fans can get to know about the characters and get ready to see them on the screen.

What are the characteristics of Nigerian animated films, how are they different from those existing on the market?

I think majorly in the dialogue and the way the stories are told. The Nigerian animation is Nigerian and uses language, dressing and environment that passes across the Nigerian Culture and values.
Usually, people don’t see animation like something serious. What can you tell them to make them change their minds?
It’s all about the story. If a serious story is told through animation, it would be taken seriously. Animators need to understand that animation is beyond making drawn characters move. They have to move to tell a compelling story. This is what dictates the perception of the viewer.
A part from illustrators, animated films industry needs equipment, solid financial investment; do you have them in Nigeria?

We have all of the above with the exception of the solid financial investment and equipment. Once we have these two, I believe we are set to show the world what we’ve got as far as skills go. Those who have seen the potentials in this growing industry don’t have adequate investment strength while those with investment strengths either don’t have the awareness of what an investment opportunity it is or are just not convinced enough. With financial investment, the equipment problem can be dealt with.

Is there a market?
There is a real market of course. What is lacking are contents to ignite further enthusiasm and followership. I believe as much market there is for Nollywood is open to animation contents.
Federal Government is planning to invest in infrastructure to support the animation industry. Is it good news for you?
There can’t be a better news than that for the industry. Government input by way of infrastructure and grants has been missing for too long in the animation industry. We need it to grow and we need it like yesterday.
Can animated films find a place in Nollywoodfilm industry?
The place of animation films in Nollywood as far as I know has been begging to be filled for the past decade. Nollywood is ripe enough to accommodate animation films. This one direction Nollywood producers must begin to look into with serious business intents.
Spoof took part in The Lagos Comic Con. How this kind of event could help the development of animations industry?

Lagos Comic Con is designed to drive development in the animation, comics and gaming industry. It has been successfully doing that, especially this year’s event. The aim is to gather all the players in the industry under one roof where they exhibit their works, meet and network with fellow professionals, get noticed by the potential clients, partners and possibly investors. This year, Spoof Animation premiered its short action flick, Strikeguard, a 2D Animated film based on a comic book. The reviews and applause were overwhelming. After that show at the comic con, content creators with good stories to animate have been contacting us to help them animate their stories. This is one of the ways participants of the Lagos Comic Con benefit from it. So, the event has a massive developmental role to play in growing the industry.

What are your dreams for animated films in Nigeria and Africa in general?
My dream for animated films in Nigeria and Africa is that we reach the level of the Americans in global reach. That is, we have amazing characters and stories that are widely followed and popular like the Batman and Superman of America. I dream of when from over here we embark on an animated film project from start to finish and this films grosses hundreds of millions in dollars worldwide. To be honest with you, I do not think of this as a far-fetched reality. Africa is the new frontier in stories and entertainment. With the level of zeal and skill I have seen over the past few years, it is only a matter of a couple of years and we will be there as long as all the vital ingredients are complete in the broth.
 

Prepared by Stephanie Dongmo.

Un triptyque humain décevant

Le FIFAK 2010, pour sa cérémonie d'ouverture, a projeté un film venant de Côte-d'Ivoire, "Mariage à trois visages" réalisé par Pierre Laba, un Martiniquais de naissance et Ivoirien d'adoption.

Ce film est le 4ème dans la filmographie de Pierre Laba qui est initialement ingénieur du son et qui a fini par arriver à l'image pour devenir réalisateur. Dans ce film plein de bonnes intentions, Pierre Laba dit avoir voulu montrer un rapprochement culturel possible entre la France et l'Afrique. Il soutient aussi que ce rapprochement peut passer par le mariage de femmes africaine avec des hommes français.

"Mariage à trois visages" est l'histoire de Zass, un photographe "professionnel", comme il se décrit, qui rêve de partir en France et qui voit la réalisation de ce rêve possible quand un ami Steeve, un expatrié en vacances lui suggère d'arranger un mariage sur internet avec un homme blanc pour sa cousine. Comme nous l'avons dit plus haut, ce film est plein de bonnes intentions, il se veut un triptyque humain entre le Burkina Faso, la Côte-d'Ivoire et la France, il se veut aussi dénonciateur des mariages sur internet, de l'illettrisme et de l'exode vers la France et vers l'Europe et cela en utilisant l'humour.

Vu de notre point de vue, le résultat n'est pas à la hauteur de l'intention, et le film de creuser encore plus le fossé entre nord et sud par les clichés qui nous sont desservis et par l'infériorisation qui nous est renvoyée de l'Africain. Les personnages africains sont présentés comme des profiteurs et arnaqueurs ayant face à eux un homme blanc sans défaut, droit et sincère. L'héroïne Zogoda, une petite villageoise illettrée est, quant à elle, présentée comme presque débile, inintelligente, découvrant les signes extérieurs de la "modernité" et réagissant devant eux d'une manière qui l'infantilise. Il nous est donné d'entendre que Zogoda allait partir vers la civilisation en se mariant à un Français.

Ce qui a ajouté à la faiblesse du film, c'est le montage qui s'apparentait plus à un feuilleton télévisé qu'à un film proprement dit, sans oublier une lenteur au début du film qui nous a quelque peu lassés. Cela étant dit, nous pouvons nous situer dans le contexte africain, comme se défend Pierre Laba lui-même, et comprendre que le film fasse consciemment référence au feuilleton africain. Les artistes interprètes sont en effet bien connus du public ivoirien et burkinabè grâce à des feuilletons télévisés dans lesquels ils ont joué des rôles qui les ont rendus populaires et somme toute familiers pour les habitants de ces deux pays. Des rôles utilisant l'humour et le jeu comique fortement appréciés par le public local.

"Mariage à trois visages" (ou à trois visas) reste un film naïf et tendre porté avec passion par ses acteurs, ne visant pas l'universalisme mais bien ancré dans la tradition africaine et ciblant un public bien déterminé. Peut-être ne faudrait-il pas voir au-delà de cela…

30/09/2010

Article paru sur www.cinematunisien.com, le 12/7/2010

http://www.africine.org/index.php?menu=art&no=9732

Auteur(s): Ilhem ABDELKEFI

Soumis par Caroline Messa Wambé le

 

Expédition Grand Rift

Les frères La Tullaye : explorateurs de l'eau

24,08, 2011

Geoffroy et Loïc de La Tullaye sont deux explorateurs qui nous permettent, via leur blog www.lesfrereslatullaye.fr, de partir à la découverte des rivières, des fleuves et des océans de la planète mais aussi des populations qui vivent grâce à ces sources d'eau. De passage en France avant un nouveau départ vers la vallée du Grand Rift en Afrique, Geoffroy a bien voulu répondre aux questions de Youthink!...

YT! Quel âge aviez-vous respectivement lorsque vous avez entrepris votre premier « voyage-documentaire » sur le thème de l'eau ?
Geoffroy de La Tullaye : Lorsque d'un coup de fil à mon frère est née cette aventure, nous avions respectivement 25 et 29 ans. Loïc travaillait comme commercial en Belgique, j'étais en passe de devenir trader en salle de marché. L'idée de notre première expédition était simple : partir explorer le monde tout en portant un message responsable qui donne du sens à notre démarche. Cela nous permettrait à la fois de combler notre désir de rencontres et de découverte tout en essayant d'apporter des éléments de réponse aux questions cruciales auxquelles nos sociétés sont confrontées. Le thème de l'eau s'est imposé à nous car il était simple, d'actualité et universel !

YT! Votre démarche s'inscrivait-elle dans le cadre de vos études ou de vos professions ?
GLT : Peut-être pour Loïc car il est ingénieur agronome mais en ce qui me concerne j'étais plus sur les liquidités financières... mais les mécanismes de la finance ne sont pas contraires à l'eau ! En réalité, au tout début de notre projet, le thème de l'eau était surtout un prétexte, mais très rapidement, il en est devenu le moteur.

YT! Comment est née l'idée du projet et comment avez-vous réussi à la concrétiser ?
GLT : Voyager autrement était notre leitmotiv. Partir, oui, mais pas comme ça sur un coup de tête ! Il a d'abord fallu trouver un concept (la vidéo), définir un public cible et convaincre des entreprises de nous apporter un soutien financier pour réaliser notre projet.

Nous avons choisi d'adresser notre message en priorité aux étudiants pour qu'ils suivent notre périple et en parlent autour d'eux. Cette aventure allait nous permettre de canaliser leur attention et de la focaliser sur la question de l'environnement. Nous voulions leur faire découvrir la réalité de l'eau dans le monde. Une découverte que nous avons partagée avec eux...

Parallèlement, nous avons monté des partenariats avec des hôpitaux (Trousseau à Paris et Reine Fabiola à Bruxelles) qui accueillaient des enfants malades. Et nous sommes ainsi devenus les yeux et les jambes de substitution de beaucoup de ces jeunes qui suivaient nos voyages depuis leurs lits d'hôpital.

Quant aux entreprises que nous avons démarchées, beaucoup ne voyaient pas l'intérêt de soutenir cette expédition, il leur semblait plus utile de construire des puits pour résoudre le problème de l'eau... Mais si la solution est aussi simple, alors comment expliquer qu'une personne sur cinq dans le monde n'a toujours pas accès à l'eau potable ?

Nous avons fini par prouver que la sensibilisation avait un sens, surtout en Europe où l'on oublie facilement l'importance de l'eau puisque chez nous elle coule en abondance. De fil en aiguille des personnes nous ont suivis et des entreprises soutenus financièrement.

YT! De nombreux lecteurs de Youthink! sont passionnés par l'eau et l'environnement. Quel conseil donneriez-vous à ceux qui cherchent des solutions pour monter leur propre projet ?
GLT : D'écouter leur intuition tout en se mettant au service d'une cause qui les inspire, même si parfois elle les dépasse. C'est je pense la plus belle chose qui puisse arriver à chacun de nous, gagner honnêtement sa vie tout en relevant des défis communautaires. J'entends par là satisfaire ses envies individualistes, car elles sont là, ancrées en nous, tout en sachant écouter les besoins du monde qui nous entoure...

YT! Lors de vos voyages, vous avez rencontré des populations pour qui l'eau potable est une denrée excessivement rare et précieuse, alors qu'en France, votre pays d'origine, l'eau pour ainsi dire « coule à flots » et chaque usager gaspille... combien ? Plusieurs milliers de litres par an ? Que vous inspirent ces différentes perceptions de l'eau et de son importance dans nos vies ?
GLT : Oui c'est intéressant, nous vivons sur une même terre, faisons les même gestes, buvons chaque matin les mêmes molécules d'eau mais pour autant pas avec la même pureté, la même facilité d'accès, la même conscience de sa rareté. Il y a de véritables injustices mais en sommes-nous personnellement responsables ? Devons-nous rougir de l'héritage de l'eau courante ? Je crois que nous n'avons pas conscience de la fragilité de l'eau et du vivant d'où ce gaspillage. C'est pour cette raison qu'il faut informer, sensibiliser les gens pour qu'ils comprennent que cette tragédie tue près de 15 000 personnes par jour. Nous avons de mauvaises habitudes, tenaces, que nous devons apprendre à remettre en question.

YT! Est-ce que le fait de fermer le robinet au lieu de laisser couler l'eau (par exemple quand on prend une douche, qu'on fait la vaisselle ou qu'on se lave les dents) peut aider à sauver des vies ?
GLT : Bien évidemment, l'eau qui est économisée chez nous ne sera pas envoyée là où elle manque cruellement. Cependant, ces gestes simples révèlent que l'on a conscience de partager les ressources d'une seule et même planète, et que l'on n'oublie pas la chance que l'on a d'avoir accès à l'eau courante, si rare dans d'autres régions du monde...

En outre, avec la mondialisation et le transport facilité des ressources d'un pays à un autre, il est intéressant de se pencher sur les conséquences que nos comportements de consommation peuvent avoir sur une région qui se trouve de l'autre côté du globe. Il y a par exemple un lien évident entre la disparition de la mer d'Aral et l'augmentation de la production de coton en Ouzbékistan. Or ce coton n'est pas consommé sur place mais bien chez nous, dans nos magasins...

Nous avons un réel « pouvoir » en tant que consommateur et nous devons être attentifs pour savoir comment en user de façon responsable. C'est sans doute là que réside une grande partie de la solution ! Rien n'est échangé ni produit dans le monde sans l'intervention de l'eau. Ce n'est donc pas si virtuel que ça, c'est juste invisible à nos yeux de consommateur, pour ne pas dire insensible...

(De gauche à droite : Geoffroy et Loïc de la Tullaye.)

YT! Vous venez de commencer un nouveau voyage en Afrique, dans la vallée du Grand Rift. Pouvez-vous nous raconter ce qui a motivé ce projet et ce en quoi il consiste ?
GLT : Nous souhaitons apporter des éléments de réponse à la question suivante : y a-t-il assez d'eau pour nourrir les 9 milliards d'habitants qui peupleront la Terre d'ici 2050 ?

Cette question fait régulièrement la une des journaux occidentaux. Poussée médiatique qui s'explique par le fait que les populations des pays développés commencent aujourd'hui à se soucier d'une ressource dont on pensait qu'elle ne viendrait jamais à manquer. L'accroissement de la population doublée de cataclysmes environnementaux sans précédent les oblige à prendre conscience d'une réalité impitoyable : l'eau est inégalement répartie dans le temps et dans l'espace et le désert ne cesse de gagner du terrain sur toute la surface de la Terre.

En 1950, cette même question aurait sans doute eu une résonance différente. À cette époque moins de 30 % de la population mondiale vivait en ville contre près de 50 % aujourd'hui. Globalement, l'accès à l'eau potable était tout aussi problématique mais à l'échelle régionale, les pays des zones tempérées se sentaient à l'abri du manque d'eau.

En 2011, la donne a totalement changée, l'eau est désormais principalement un défi urbain. Quel que soit le milieu rencontré, le mode de vie s'est uniformisé : la population mondiale devient de plus en plus citadine. Comment savoir si la pénurie d'eau douce qui menace les êtres vivants (car le problème ne concerne pas uniquement les humains) est due à un réel épuisement des ressources en eau ou bien à l'émergence au niveau mondial d'un mode de vie standardisé et déconnecté du milieu de vie qui nous mène à une consommation excessive ?

C'est pour répondre à ces questions que Loïc et moi avons entrepris cette exploration au cœur du Grand Rift africain qui nous amènera jusqu'en Israël.

YT! Finalement, votre démarche s'inscrit autant dans la volonté de protéger l'environnement que dans l'étude des sociétés humaines.
GLT : Oui, c'est vrai, mais nous ne cherchons pas à faire l'apologie du bon sauvage ni de la croissance zéro, et nous ne cherchons pas non plus à réduire le continent africain à une zone d'étude anthropologique sur les peuples primitifs. En revanche nos expéditions proposent des clés de lecture sur l'évolution de nos modes de vie et l'extraordinaire capacité d'adaptation de l'être humain en fonction de l'abondance ou de la rareté de l'eau. Finalement, la question que l'on pose à travers nos expéditions pourrait être formulée de la façon suivante : « Combien de temps les civilisations modernes pourront-elles continuer de développer des modes de vies qui ignorent de plus en plus le cycle naturel de l'eau ? 

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Auteur(s): Youthink !

Soumis par Caroline Messa Wambé le

Rodrigue TCHASSEM: cinéaste d'origine camerounaise

Q : Comment s’opèrent vos débuts dans le cinéma ?
R : Le cinéma c’est une passion que j’ai depuis l’enfance, j’aimais regarder les films. J’ai suivi une formation en montage audiovisuel dans un studio de la place, dans la ville. J’ai d’abord appris à faire des montages, de courts reportages, des petites séries, de petits spots publicitaires. Après trois ans de formation, je me suis inscrit à l’Université de Yaoundé I, dans la filière Arts du spectacle et cinématographie. C’est une filière du département des Arts et de la culture à l’Université de Yaoundé I, au Cameroun. C’est là que je débute une vraie formation professionnelle.
 
Q : À l’heure actuelle, vous avez réalisé combien de films ?

R : J’ai réalisé déjà quatre courts métrages.
 
Q : Pourquoi écrire et réaliser en langue française ?

R : C’est la langue dans laquelle je m’exprime le mieux et c’est la langue la plus utilisée au Cameroun.
 
Q : Quel livre, déjà publié, souhaiteriez-vous porter à l’écran, si l’occasion vous était donnée ?

R : Je parlerai de la pièce de théâtre, Bintou, de Koffi Kwahulé… J’ai voulu rentrer en contact avec l’auteur de cette pièce pour pouvoir faire une adaptation. Parce que j’ai fait la mise en scène de cette pièce pour participer au prix de théâtre international. J’aimerais bien voir Bintou de Koffi Kwahulé en cinéma, moi ça me plairait bien.
 
Q : Comment percevez-vous le cinéma au Cameroun ?

R : Curieusement, le cinéma va très mal dans notre pays, mais le nombre de cinéastes, réalisateurs, va plutôt croissant. C’est un peu curieux. Les gens continuent de croire que demain ça va changer, parce qu’il y a beaucoup plus de passion, il y a tellement de films qui sont faits mais malheureusement il n’y a pas de plateforme de visualisation pour regarder. Les jeunes aiment tellement le cinéma, lorsqu’il y a une occasion où ils peuvent se mettre ensemble pour regarder, c’est vraiment foule, on comprend qu’ils sont vraiment passionnés. Malheureusement, le gouvernement n’a pas mis en place une politique pour permettre le développement et la formation du cinéma, or il y a pourtant,  vraiment, de la passion.
 
Q : Quels maux minent actuellement ce cinéma ?

R : D’abord la formation. Pour faire du bon cinéma il faut être formé. Il faut savoir ce qu’on fait, quels sont les canons, quelles sont les règles. Comment le cinéma doit être fait ? Si on est formé, on fera un bon cinéma, qui plaira forcément aux gens et que nous pourrions donc vendre, nous créer un marché. Après la formation, il faudrait qu’une politique soit mise en place afin de donner les moyens aux passionnés, à ceux qui veulent le faire de pouvoir se former. Ensuite c’est le marché, comment distribuer les films, comment faire voir les films qui sont produits par ceux qui se battent bien pour le faire ? Les jeunes ne se forment pas. Tous ceux qui se forment pour la plupart sont ceux qui se lancent par la passion tout simplement. On a une camera, un angle de montage, des amis, on écrit une petite histoire et on prend la caméra et tout, et on se dit cinéaste, cinéaste… Or il faut bien une formation pour savoir les canons, comment cela se passe… La politique mise en place ne permet rien pour pouvoir former même ceux-là qui sont passionnés. Rien n’est véritablement fait. C’est vrai qu’aujourd’hui on peut quand même citer quelques éléments, mais ce n’est pas encore suffisant. Il n’y a pas de marché, la distribution…
 
Q : Selon vous, quelle place occupe le cinéma camerounais en Afrique ?

R : Si on essaie de repartir dans l’histoire du cinéma camerounais, je dirai qu’il a occupé pendant longtemps une place très importante en Afrique. Avant, le Cameroun était véritablement un grand secteur de distribution, lorsqu’il y avait encore la société qui aidait à la distribution… Le Cameroun était une plateforme très importante dans le cinéma en Afrique parce qu’auparavant il y avait beaucoup de salles de cinéma, on annonçait plus d’une vingtaine, et les films… Il y avait de grands distributeurs basés au Cameroun et qui arrivaient au Cameroun avant de circuler dans l’Afrique centrale même. Le gouvernement en ces temps-là avait mis sur pied une très grande structure qui aidait à la production cinématographique. Aujourd’hui il est difficile de dire réellement quelle est la place du cinéma camerounais en Afrique. J’ai comme l’impression de vouloir dire qu’en Afrique on ne compte plus trop sur le cinéma camerounais, pourtant il y a des cinéastes qui se démarquent bien sur, mais est-ce qu’on peut tabler sur ceux-là pour parler du cinéma camerounais ? On ne trouve que des individus qui se démarquent par un film certes, mais il n’y a pas de marché, il n’y a pas de distributeur du cinéma camerounais au Cameroun. Donc pour moi le cinéma camerounais n’a plus sa place véritablement, parce qu’au Cameroun on ne distribue pas, on ne trouve pas de grands producteurs, même s’il y a quelques cinéastes camerounais qui se démarquent justement par leurs films.
 
Q : Comment ça se passe, pendant vos tournages ?

R : Pour pouvoir tourner c’est d’abord la passion. Si on n’est pas passionné, impossible de le faire. Parce que généralement c’est un individu qui veut faire son œuvre, alors c’est lui qui trouve les moyens, parce que c’est difficile même d’avoir des financements, des sponsors. Parce qu’on sait que la finalité sera quoi… Si on sait qu’il n’y a pas de finalité, si on sait qu’on ne peut pas le vendre, donc forcément aucun bailleur de fond, aucun homme d’affaires, aucune entreprise ou structure ne peut être d’accord pour pouvoir donner une quelconque contribution. Donc forcément ce sont des passions personnelles, comme moi par exemple. Pris par la passion de vouloir réaliser un film, donc à ce moment-là c’est nous qui gérons tout. On peut appeler X ou Y s’il peut nous aider, soit à la caméra, soit à l’éclairage, soit au son, en formant une équipe. Et maintenant avec les acteurs, c’est la même chose. Du moment où il n’y a pas véritablement un casting qui est créé, qu’il n’y a pas un contrat qui est arrêté, forcément ça se passe par relations et par supplications. Ne pouvant payer les techniciens ou les acteurs nous sommes obligés de subir leur caprices, de les supplier. Donc à ce moment il faut gérer les humeurs des acteurs sans se fâcher, gérer les humeurs des techniciens parce qu’on leur donne simplement quelque chose de symbolique. Ce n’est pas vraiment professionnel, parce que si c’est professionnel il faut donner les droits de chacun, les devoirs… Forcement le rendement n’est pas tel qu’on l’attendrait, de ce fait. Les tournages sont donc vraiment difficiles à gérer. Déjà que le matériel nécessaire n’est pas mis à disposition, si on a la caméra pour un jour, on ne peut vraiment pas tout faire…
 
Q : Quels soutiens avez-vous reçu pour la réalisation de vos films ?
R : J’ai écrit, on a déposé, et… On n’a pas véritablement de soutien. On peut demander la caméra… On peut voir les amis, qui sont inscrits à l’école du cinéma à l’Université, s’il y a des comédiens… Demander leur aide. S’il faut attendre le soutien vraiment c’est difficile, on ne peut rien faire.
 
Q : Quels sentiments vous animent face à la projection des films camerounais dans les centres culturels français et les instituts Goethe, suite à la fermeture des salles de cinéma au Cameroun ?

R : Ce n’est que la conséquence logique, si on ne forme pas les gens, forcément il n’y aura pas de production. Si on ne met pas une politique en jeu pour pouvoir produire les films et les réaliser, forcément on voudra prendre les films de l’extérieur, pourtant ça coûte cher. Et forcément les salles vont fermer. Donc c’est encore la preuve qu’il n’y a pas de politique véritable, si le gouvernement avait les moyens de pouvoir non seulement créer les salles mais permettre que même les hommes d’affaire qui créent des salles puissent toujours les mettre en œuvre… Il n’y a pas de politique pour cela, et non seulement on augmente les taxes, alors qu’on ne permet rien pour pouvoir les aider dans ces salles-là, raison pour laquelle ils ferment. Les films de l’extérieur coûtent extrêmement chers, or s’il y a des productions locales, les camerounais se reconnaissent dans ces productions et font foule dans les salles. Aujourd’hui il y a les DVD, un film qu’on veut programmer en salle, 2500 francs CFA l’entrée, on le prend à 500 francs CFA le DVD, donc forcément les salles vont fermer, puisque les gens ne viendront pas. S’il n’y a pas de formation, il n’y a pas de production, alors forcément les salles ferment.
 
Q : Comment vos films sont-ils perçus par le grand public ?

R : Pour mes films, je pourrai dire sans vouloir me vanter que le public camerounais adore le cinéma. Parce qu’à chaque moment de rencontre, il y a foule. On essaie de faire comprendre ça au gouvernement qui ne veut pas le reconnaître. Les camerounais adorent le cinéma. Les films que j’ai faits, j’ai gagné des prix. Par exemple le Festival International du Film École, ici à l’Université, l’année passée. J’ai eu le prix du public et le prix du meilleur scénario. Les films sont accessibles parce qu’il y a un travail de fond qui est fait avec les enseignants, avec les formateurs que nous avons. On peut vraiment faire quelque chose si on a le soutien, parce que le public camerounais adore regarder les films camerounais. Lors des manifestations des films à l’exemple des festivals qui sont organisés, ils sont nombreux à être là. Si vous allez au Festival Écrans Noirs, si vous arrivez au Festival de Yaoundé tout court, si vous arrivez à Mis Me Binga… Les Camerounais sont nombreux, présents, les salles ne sont pas vides.
 
Q : Quels rapports entretenez-vous avec votre public ?

R : Moi, j’ai un public qui est conquis, parce que je suis à l’Université. Ils ont aimé mon film Une longue histoire, le prix de la meilleure comédienne est sorti de ce film. Ils ont aimé tous mes quatre films. Même lorsque je lance un casting pour un film que je veux faire, ils sont nombreux à être là parce qu’ils savent que je suis un réalisateur confiant, les films que j’ai faits, ils les ont vu, regardé… Le public est vraiment conquis. Quand on obtient le prix du public, cela veut dire que le public accrédite votre travail.
 
Q : Êtes-vous victime de votre célébrité ?

R : Non.
 
Q : Êtes-vous satisfait de votre parcours ?

R : Mon parcours ne fait que commencer. Je suis au début de ma carrière, je suis encore jeune. J’entends encore faire beaucoup. N’eut été les moyens, j’aurais déjà fait beaucoup de choses. J’entends faire plus que ça, donc je ne suis pas encore satisfait. Les quelques petites projections que j’ai faites déjà sont encourageantes, vu la réaction du public, mais je ne suis pas encore satisfait, je peux encore faire plus que cela.

Auteur(s): Caroline MESSA WAMBÉ

Soumis par Caroline Messa Wambé le