Sur le tournage d'un film au Togo

La 4ème commission 2014 de l'Aide aux cinémas du monde (CNC - Institut français) s’est réunie les 2 et 3 avril 2015 sous la présidence de Marianne Slot, avec le concours des deux vice-présidents Jean-Michel Frodon (1er collège) et Gilles Duval (2e collège). Sur les 96 demandes d’aide à la production issues de 48 pays, 15 projets ont été retenus, provenant de 12 pays.

Sur le tournage d'un film au Togo.

1er collège (1ers et 2èmes films) - Aides à la production

  • Abattoir (L') de Lahsen, hassen Ferhani (Algérie) - Société de production française : Orlando
  • Clash de Mohamed Diab (Egypte) - Société de production française : Sampek Productions
  • Diamond Island de Davy Chou (Cambodge) -  Société de production française : Aurora Films
  • Le Fort des fous de Narimane Mari (France-Algérie) - Société de production française : Centrale électrique
  • Los Perros de Marcela Saïd (Chili) - Société de production française : Cinéma Defacto
  • Mozungo s'en va-t-en guerre de João Nuno Pinto (Portugal) - Société de production française : Alfama Films Production
  • Un jour de plus à Baghdad de Maysoon Pachachi (Iraq) - Société de production française : Les Contes modernes
  • Une famille heureuse de Nana Ekvtimishvili (Géorgie) Société de production française : Arizona Distribution

    2e collège (3ème film et plus) - Aides à la production

    Dans la nuit obscure (Des Figures de Guerres II) de Sylvain Georges (France)  - Société de production française : Noir Production

  • Le Dernier jour de Rabin de Amos Gitaï (Israël) - Société de production française : Les Films du Worso
  • Félicité de Alain Gomis (Sénégal) - Société de production française : Granit Films
  • Money Babe de Hiner Saleem (Iraq) - Société de production française : Agat Films & Cie
  • Mountains May Depart de Jia Zhangke (Chine) - Société de production française : Mk2 Productions
  • Vigile de Faouzi Bensaïdi (Maroc) - Société de production française : Les Films du Nouveau Monde
  • La Voie vers Dieu de Mohamed Al Daradji (Iraq) - Société de production française : Lionceau Film

Source: institutfrancais.com

Auteur(s): Stéphanie DONGMO

Soumis par Caroline Messa Wambé le

Harraga, brûleurs de frontières

L’Europe, un mirage

La série Harraga, brûleurs de frontières, écrite et réalisée par Serge Alain Noa sur l’immigration illégale, a été diffusée entre mai et juin 2014 sur Tv5 Afrique. Elle dresse le portrait de cinq jeunes Camerounais désespérés, prêts à tout pour aller tenter leur chance en Europe. Mais le chemin pour y arriver est périlleux, et le succès incertain.

L’immigration clandestine. Le sujet a inspiré nombre de longs métrages en Afrique, au rang desquels Bako, l’autre rive de Jacques Champreux (France, 1h50, 1979), Heremakono, en attendant le bonheur de Abderrahmane Sissako (Mauritanie, 1h30, 2002), Paris à tout prix de Joséphine Ndagnou (Cameroun, 2h13, 2007), La Pirogue de Moussa Touré (Sénégal, 1h27, 2012). Le Camerounais Serge Alain Noa nous propose la même histoire dans une enveloppe différente : une série télévisée qu’il a écrite et réalisée. Harraga, brûleur de frontières (20 épisodes x 26 mn) est diffusé depuis le 8 mai sur Tv5 Afrique à 19h30, et rediffusé le lendemain à 9h10.

Le titre, il ne l’a pas cherché bien loin. Les Tunisiens Salouad Benabda et Wissem El Abdel avaient déjà intitulé leur livre illustré Harraga, les brûleurs de frontières (2011, Encre d’Orient). Merzak Allouache s’en était rapproché en baptisant son film Harragas (Algérie, 1h43, 2008). Harraga est un néologisme en arabe qui désigne les personnes qui tentent de partir en Europe clandestinement. Ils brûlent donc la frontière et l’ordre établi en même temps que leurs papiers, leurs identités et même leurs vies. Ils doivent passer par cette petite mort qui efface leur histoire et leur passé pour naître de nouveau dans un pays et une situation meilleurs.

« Tu restes au pays, tu as une chance sur dix de rater ta vie ; tu pars, tu as une chance sur dix de mourir », disait déjà un personnage de La Pirogue. C’est aussi à cette conclusion que sont arrivés les cinq personnages principaux de cette série. Ils sont jeunes (entre 26 et 30 ans), ils ont été scolarisés mais ils sont pauvres, ou presque. Le scénariste les a savamment placés dans des situations professionnelles et familiales différentes. Bath (Alain Bomo Bomo) est diplômé en marketing et communication et son entreprise a fait faillite. Ingénieur agronome au chômage, Tangui (Axel Abessolo) vit au crochet de sa grand-mère. Fiancé et bientôt père, le chauffeur de taxi Marco (Gabriel Fomogne) accuse dix mois d’arriérés de salaire. Tookie (Pierre Bala) est musicien et n’arrive pas à trouver un producteur. Délaissé par la mère de sa fille pour un Blanc, Zongo (Henri Owono) vend des livres au poteau.

Les sirènes de l’Europe

Dans un contexte où le développement se planifie à l’horizon 2035 alors que les jeunes ont besoin de solutions pour aujourd’hui, comment leur reprocher d’envier la réussite d’Amsa (Frank Olivier Ndema) qui revient au quartier plein de fric et de morgue après 8 ans en Europe ? Ce retour sera donc l’élément déclencheur qui va décider ces garçons plein d’appréhension sur leur avenir à tenter l’aventure. Plus que la pauvreté, c’est le creusement des inégalités, le sentiment d’injustice et l’absence de perspective qui les amènent à fantasmer sur une Europe où tout est possible, pourvu qu’on soit prêt à retrousser ses manches. D’ailleurs, au fil des premiers épisodes, l’expression « dans ce pays » revient dans les dialogues comme un refrain, pour souligner le quotidien déprimant des personnages.

Serge Alain Noa a conçu sa série en trois saisons. La première énumère les mille et une raisons qui poussent les jeunes à partir (corruption, chômage, favoritisme, etc.) La seconde, prévue en 2015, va porter sur le chemin de croix qui mène à l’Europe, avec les différentes possibilités qui s’offrent aux migrants clandestins. Une fois la frontière franchie, la troisième et dernière saison décriera les conditions de vie en Europe où on est très vite rattrapé par la clandestinité et la difficile intégration. L’affiche de cette série d’intervention sociale présente, sous un ciel bleu faussement serein, l’ici et l’ailleurs séparés par des barbelés. Le personnage ayant traversé est écrasé par la tour Eiffel qui se dresse loin, au-dessus de sa tête.

L’intention du scénariste est évidente : décourager les jeunes à tenter une aventure aux risques inconsidérés car l’Europe n’est pas le paradis. Pour leur donner une raison de continuer à vivre ici, il laisse entrevoir un avenir radieux en appuyant, avec une emphase frisant la promotion, les faits d’armes de la Commission nationale anti-corruption (Conac), mise en place au Cameroun en 2007 pour lutter contre la corruption.

Hommage à Charles Nyatte

La distribution de Harraga, brûleurs de frontières a attiré le gros des acteurs qui occupent la scène ces dernières années, avec plus ou moins de bonheur : Martin Poulibé, Deneuve Djobong, Rosalie Essindi, Massan à Biroko, Tony Bath Atangana, Joseph Mouetcho, Daniel Leuthe, etc. Avec des découvertes qui partent de derrière la caméra pour se placer devant : Frank Ndema, Alain Biozy, Nathalie Mbala Mpesse et Avit Nsongan Mandeng, qui assure également le montage de la série. A noter aussi un passage éclair du très regretté Charles Nyatte (décédé le 15 novembre 2011 à l’âge de 67 ans, au cours la première semaine du tournage de la série où il devait tenir n rôle).

L’épisode 13 lui donne d’ailleurs le meilleur rôle. C’est une séquence du précédent film de Serge Alain Noa, Le don involontaire (2007, 56mn) qui met en scène un détourneur de fonds publics, sa femme et un voleur. Si elle rend un hommage mérité à un acteur de poids, elle alourdit en revanche le rythme de la série. Malgré les tentatives louables de raccord, cette séquence paraît décalée car elle éloigne le téléspectateur de l’intrigue principale durant une trentaine de minutes, sans interruption.

Harraga, brûleurs de frontières sera officiellement présenté au Cameroun en août prochain. Avec l’espoir que ceux qui attendent le bonheur d’ailleurs se décident à la chercher ici

Auteur(s): Stéphanie DONGMO

 
Soumis par Caroline Messa Wambé le
 

Ethiopie: Appel à soutien de Haile Gerima

Ethiopie: Appel à soutien de Haile Gerima

Le réalisateur éthiopien Haile Gerima (auteur de films remarquables tels que Teza, Sankofa & Bush Mama) a besoin de tout un chacun pour son nouveau film qu'il a du mal à financer : YETUT LIJ
Aucune somme n'est insignifiante pour permettre de donner vie à un scénario qui attend d'être tourné depuis sept ans. La campagne est lancée pour un mois, sur Indiegogo.

Le film (YETUT LIJ - ፨የጡት ልጅ፨"Child of the Breast")) :  L'histoire se déroule dans les années 1960, en Ethiopie, 20 ans après l'occupation italienne. Aynalem, une jeune paysanne de 13 ans est adoptée par une riche famille de juge, avec la promesse d'une bonne éducation et d'une meilleure vie. Contrairement à cette promesse, elle est au contraire forcée de travailler comme domestique. Bientôt, malgré le contrôle strict et la cruauté de ses employeurs, elle rencontre et tombe amoureuse d'un policier ordinaire, appelé Tilahun. Il l'aidera à s'échapper ; mais le sort est tenace.

Vous pouvez aider, pas seulement en donnant
1 - SUIVRE @YETUTLIJMOVIE: sur Twitter et Instagram. Utiliser hashtag #Childof pour montrer votre soutien.
2 - PARTAGER THE LIEN: Utiliser → http://igg.me/at/hailegerima ← pour être sûr que tous vos contacts, followers et amis savent où aller afin de contribuer.
3 - FAITES PASSER LE MOT : chaque minute, heure, jour, compte ! Ne pas oublier que, après le 1er Juin, NOUS AVONS SEULEMENT afin d'atteindre notre but.
4 - VISITER SANKOFA: Si vous être à Washington D.C., durant le mois de juin, faites un arrêt au Sankofa Video & Books Cafe (www.sankofa.com)  pour voir comment nous travaillons concrètement pour les arts et le cinéma indépendant.

Auteur(s): Stéphanie DONGMO

Soumis par Caroline Messa Wambé le

Avant l'audience

Le cinéma burkinabè de nouveau en deuil.

Le réalisateur burkinabè Kouka Aimé ZONGO est décédé ce mardi 17 avril 2012 et a été accompagné à sa dernière demeure à la périphérie de Ouagadougou dans l'après midi par les professionnels et amoureux du cinéma burkinabè fortement mobilisés. Il avait 36 ans et laisse derrière lui une veuve et 2 enfants. Mais surtout une filmographie déjà fort riche qui permettait de le classer parmi les cinéastes prometteurs du Burkina.

Nanti d'une maitrise en sociologie de l'université de Ouagadougou en 2002, c'est très tôt cependant, tout en fréquentant les bancs de l'université, qu'il s'est investi dans le cinéma dès 1997. D'abord comme stagiaire dans les productions d'Idrissa Ouedraogo et par la suite comme assistant réalisateur auprès des autres cinéastes burkinabès confirmés. Ainsi il fut sous l'aile de Dany Kouyaté (A nous la vie, 1999), Issa TRAORE de Brahima (Siraba, 2000), Camille MOUYEKE (Voyage à Ouaga), Guy Désiré YAMEOGO (Le pacte, 2001), Kollo Daniel SANOU (Tassuma, 2002), Abdoulaye DAO (Quand les éléphants se battent, 2005)… etc. Ce qui lui vaut d'être connu par le monde du cinéma burkinabè.

Il mit lui-même le pied à l'étrier en tant que réalisateur dès 2005 pour poser sa marque à travers de nombreux spots institutionnels ainsi que des documentaires. En 2009 et 2010, il signe tour à tour deux séries télévisuelles Le garage du peuple (sélection officielle au fespaco 2009) et Alima (sélection officielle au Fespaco 2011). Actuellement diffusée sur les chaines burkinabèes, Alima raconte les déboires conjugaux d'une jeune femme victime de fistule obstétricale.

Aimé Kouka Zongo était un des fidèles du cinéclub le rendez-vous des cinéphiles de l'association des critiques de cinéma du Burkina (ASCRIC-B). Dans son désir constant de se perfectionner dans le 7ème art, Aimé Kouka Zongo était de tous les débats sur l'avenir du cinéma au Burkina et en Afrique. De fait, c'est en tant qu'étudiant en Master 1 réalisation à l'institut de l'image et du son (ISIS) qu'il a rendu les armes. Il travaillait depuis quelques années sur l'adaptation de la nouvelle "Ah ! Apolline" d'Henri Lopez qui lui avait donné son accord pour le projet.
L'association des critiques de cinéma du Burkina salue la mémoire de ce jeune cinéaste.

Paix à son âme

l'ASCRIB-B

Publié le 18/04/2012

http://www.africine.org/index.php?menu=art&no=10705

Auteur(s): Emmanuel SAMA

Soumis par Caroline Messa Wambé le

Littérature: Des contes de grand-mère

Littérature : Des contes de grand-mère

La metteure en scène Marlise Bété partage avec le grand public des contes qui lui ont été transmis par sa grand-mère Maaga dans un livre paru aux éditions Ifrikiya à Yaoundé en 2014.

Il était une fois un vigneron nommé Bouboulou. Il était si chiche qu’il n’avait ni ami ni épouse. Un jour, il tomba malade et refusa d’aller à l’hôpital se soigner, pour ne pas dépenser son l’argent. Après sa mort, les villageois découvrirent de grosses liasses d’argent dans sa maison situé au village Baham, dont le musicien Saint Bruno avait déjà tiré l’avarice comme trait caractéristique. Hasard ? Cliché en tout cas.

C’est, ainsi résumé, le premier récit que nous propose Marlise Bété dans son recueil « Contes de Maaga », publié en 2014 aux éditions Ifrikiya. Un recueil constitué de 7 textes courts qui racontent des hommes et des femmes, des situations de vie au village et en ville. Certains sont ordinaires. Dans d’autres, le fantastique côtoie l’extraordinaire. Certains sont originaux. D’autres dégagent un air de déjà entendu.

                              

C’est le cas de « Momkaya la petite orpheline » qui rappelle à la fois « La cuillère cassée » de Birago Diop (Sénégal) et « Cendrillon » de Charles Perrault (France) : une petite orpheline est recueillie en ville par sa tante qui, avec ses deux enfants paresseux, la maltraite. Un jour, la tante la chasse de la maison avec l’ordre de lui rapporter ses bijoux (pourtant volés par son fils). La malheureuse rencontre sa bonne fée qui, ici, est une sœur de l’Eglise catholique qui lui enseigne à tricoter. Elle finit par croiser le chemin du prince qui va tomber amoureux d’elle et l’épouser, au grand dam de sa tante et de ses cousins à qui elle va accorder son pardon.

Un happy end qui n’est pas le cas de toutes les histoires développées dans ce recueil. L’un des contes les mieux relatés est assurément celui intitulé « La famille souris ». Des souris, méchantes et terribles sèment la terreur dans un village, au point d’arracher le sexe d’une femme pendant son sommeil. Après des recherches, il s’avère que c’est la famille Koagne, très pieuse en apparence, qui se transforme en souris pour nuire au village. La description des pratiques de sorcellerie ici est très minutieuse, presque effrayante.

Les pieds ancrés dans le présent

Malgré leur côté fantastique, les contes de Marlise Bété ont les pieds bien ancrés dans le monde d’aujourd’hui, ils épousent ses problèmes et ses contradictions. Les contes de Maaga dénoncent les tares de la société (l’avarice, la méchanceté, la maltraitance, le bavardage, la jalousie, la curiosité…) pour prôner des valeurs essentielles: la gentillesse, le travail acharné, le pardon, la pondérance, le respect de la vie humaine…. Pour chaque conte, on peut titrer plusieurs moralités. Et comme toujours dans ce genre littéraire, le héros positif finit toujours par vaincre le héros négatif.

Marlise Bété écrit des textes pour le théâtre et donc, pour l’oralité. Elle les a d’ailleurs dits auparavant à des enfants à l’Institut français de Yaoundé, à l’occasion du programme «L’heure du conte ». Les formules d’usage sont bien présentes : « il était une fois », « il y avait une fois… » De même que des expressions très camerounaises : « Ma femme laisse-moi comme ça », « Yah ! », « Ah ka ! », « courir dans un sac », etc… Ce patrimoine qu’elle restitue avec ses mots et une narration qui lui sont propres, la conteuse l’a en grande partie hérité de sa grand-mère bienaimée Maaga.

« Quand nous étions tout petits, nous allions très souvent passer des vacances au village, aux côtés de Maaga, ma grand-mère maternelle. Elle nous racontait des histoires. Quand nous n’allions pas chez elle, c’était chez MaaBatsè, notre grand-père paternelle. Elle n’était pas du tout drôle. Mais elle nous racontait quand même quelques histoires quand bon lui semblait », écrit-elle en introduction. Les deux femmes venant de cultures différentes, Marlise Bété a hérité de la culture mandeng et bamiléké.

Les illustrations signées Chourouk Hriech et la mise en page aérée du livre rendent agréable la lecture. En noir et blanc, ces croquis surréalistes pour la plupart finissent de planter le décor du mythe. Et c’est avec beaucoup de plaisir que nous nous replongeons en enfance à travers ces contes, à savourer sans modération et sans limite d’âge.

Stéphanie Dongmo

Marlise Bété

Les contes de Maaga

Editions Ifrikiya

Juin 2014

Auteur(s): Stéphanie DONGMO

Soumis par Caroline Messa Wambé le