Avant l'audience

Le cinéma burkinabè de nouveau en deuil.

Le réalisateur burkinabè Kouka Aimé ZONGO est décédé ce mardi 17 avril 2012 et a été accompagné à sa dernière demeure à la périphérie de Ouagadougou dans l'après midi par les professionnels et amoureux du cinéma burkinabè fortement mobilisés. Il avait 36 ans et laisse derrière lui une veuve et 2 enfants. Mais surtout une filmographie déjà fort riche qui permettait de le classer parmi les cinéastes prometteurs du Burkina.

Nanti d'une maitrise en sociologie de l'université de Ouagadougou en 2002, c'est très tôt cependant, tout en fréquentant les bancs de l'université, qu'il s'est investi dans le cinéma dès 1997. D'abord comme stagiaire dans les productions d'Idrissa Ouedraogo et par la suite comme assistant réalisateur auprès des autres cinéastes burkinabès confirmés. Ainsi il fut sous l'aile de Dany Kouyaté (A nous la vie, 1999), Issa TRAORE de Brahima (Siraba, 2000), Camille MOUYEKE (Voyage à Ouaga), Guy Désiré YAMEOGO (Le pacte, 2001), Kollo Daniel SANOU (Tassuma, 2002), Abdoulaye DAO (Quand les éléphants se battent, 2005)… etc. Ce qui lui vaut d'être connu par le monde du cinéma burkinabè.

Il mit lui-même le pied à l'étrier en tant que réalisateur dès 2005 pour poser sa marque à travers de nombreux spots institutionnels ainsi que des documentaires. En 2009 et 2010, il signe tour à tour deux séries télévisuelles Le garage du peuple (sélection officielle au fespaco 2009) et Alima (sélection officielle au Fespaco 2011). Actuellement diffusée sur les chaines burkinabèes, Alima raconte les déboires conjugaux d'une jeune femme victime de fistule obstétricale.

Aimé Kouka Zongo était un des fidèles du cinéclub le rendez-vous des cinéphiles de l'association des critiques de cinéma du Burkina (ASCRIC-B). Dans son désir constant de se perfectionner dans le 7ème art, Aimé Kouka Zongo était de tous les débats sur l'avenir du cinéma au Burkina et en Afrique. De fait, c'est en tant qu'étudiant en Master 1 réalisation à l'institut de l'image et du son (ISIS) qu'il a rendu les armes. Il travaillait depuis quelques années sur l'adaptation de la nouvelle "Ah ! Apolline" d'Henri Lopez qui lui avait donné son accord pour le projet.
L'association des critiques de cinéma du Burkina salue la mémoire de ce jeune cinéaste.

Paix à son âme

l'ASCRIB-B

Publié le 18/04/2012

http://www.africine.org/index.php?menu=art&no=10705

Auteur(s): Emmanuel SAMA

Soumis par Caroline Messa Wambé le

 

Aya de Yopougon : La BD ivoirienne qui épice les écrans

LM Fiction de Marguerite Abouet et Clément Oubrerie, France / Côte d'Ivoire, 2013
Sortie France : 17 juillet 2013

C'est l'une des premières adaptations pour le cinéma d'une bande dessinée à succès, assaisonnée aux réalités ivoiriennes. Depuis 2009 que l'idée a été annoncée, les fans s'impatientent de voir bouger Aya, ses copines, sa famille et tout le quartier dans un long-métrage d'animation remuant. Le film reprend assez fidèlement les deux premiers tomes de la série des aventures de Aya de Yopougon, écrites par Marguerite Abouet et dessinées par Clément Oubrerie. Leur collaboration, depuis 2005, a produit six albums remarqués, traduits en 15 langues, vendus à des milliers d'exemplaires. Un phénomène qui réjouit les auteurs, associés pour travailler et lancer l'adaptation cinéma en France.

Le film raconte donc la vie de Aya dans le quartier populaire de Yopougon, la plus grande des 13 communes du district d'Abidjan, rebaptisé Yop City, "comme dans un film américain", s'amusent les auteurs. Le climat bon enfant de la fin des années 70, est pimenté par l'atmosphère cosmopolite et pittoresque du secteur. Aya, 19 ans, rêve d'étudier pour devenir médecin. Mais entre l'école et sa famille, il y a Adjoua et Bintou, ses meilleures amies, plus délurées. Aya les classe toutes deux dans la série C comme "Coiffure, Couture, Chasse au mari", tant il est vrai qu'elles courent les maquis, en échappant à la vigilance des parents. La situation se complique quand Adjoua se retrouve enceinte. Les filles discutent alors de la marche à suivre, avortement à la sauvette ou aveu familial, tandis que Moussa, le père désigné, est désemparé. Car son père à lui, Bonaventure Sissoko, est l'un des plus riches commerçants de bière mais aussi l'un des hommes les plus autoritaires de la ville.

L'ambiance surchauffée de Yop City est propice aux échanges vifs, aux joutes verbales que Marguerite Abouet cultive lestement dans ses histoires. "Le thème de la recherche de paternité ferait en Occident le bonheur des psychiatres", observe t-elle. "En Afrique, on apprend à résoudre les problèmes autrement, on ne s'apitoie pas sur son sort." En effet, les personnages ne se font pas de cadeaux, dans une ville où les contrastes se côtoient avec vivacité, loin des clichés pessimistes sur l'Afrique. Les femmes de Yop City aiment porter des "robes de Paris", les hommes arborent des jeans mode et se retrouvent chez le coiffeur au look de Michael Jackson. Même si "chacun en prend pour son grade", comme le reconnaît Marguerite Abouet, en épinglant des hommes lâches qui alignent effrontément les maîtresses, tel le père de Aya, des femmes prêtes à toutes les compromissions pour obtenir une issue à leur avantage, l'humour emporte le trait et inspire un film optimiste.

Les caractères de Aya de Yopougon sont croqués avec des traits simples, un graphisme épuré, rodé par le dessinateur Clément Oubrerie dans les albums d'origine. Le film d'animation est ponctué de spots de publicité d'époque que les personnages voient à la télé. La souplesse des mouvements repose sur des captations vidéo d'acteurs. Les variations de couleurs chaudes sont au diapason des situations et des échanges entre copines qui rythment le quotidien de Aya. Les gags jaillissent, des chansons populaires syncopées s'égrènent, les dialogues fusent, portés par les voix de comédiens d'origines diverses, comme les habitants de Yopougon. Aïssa Maiga, aux racines sénégalaises, reconnue par ses rôles diversifiés pour des réalisateurs français et africains, prend les intonations de Aya. La pétulante Tatiana Rojo, Franco-ivoirienne, est Adjoua tandis que Tella Kpomahou, Béninoise grandie en Côte d'Ivoire, héroïne de Il va pleuvoir à Conakry de Cheick Fantamady Camara, 2006, double Bintou. L'apport du Burkinabè Jacky Ido et du Camerounais Emil Abossolo-Mbo pour des voix masculines, est efficace.

Le quartier investi par Aya de Yopougon, vibre de scènes mordantes et de la solidarité en vigueur. "Je ne reconnaissais pas l'Afrique de mon enfance quand j'écoutais les médias", explique Marguerite Abouet, "alors j'ai décidé de donner une version plus proche de ce que vivaient les Africains au quotidien, qui ne parle pas de guerre, de famine, même si certes cela existe." En imaginant les émotions de Aya et ses copines, elle puise dans les souvenirs de son enfance à Yopougon où elle a passé les douze premières années de sa vie. Depuis son arrivée à Paris, il y a 28 ans, elle a connu l'abandon de son oncle malade, revenu au pays, la difficulté de survivre avec son frère, sans papiers, trouvant dans l'écriture un moyen de dépasser les images convenues de l'Afrique. "Je me rends compte que, parfois, on attend de moi des choses très formatées", confie t'elle, échaudée par des projets de scénarios pour la télévision. "Moi, j'aime raconter des histoires, c'est tout."

La collaboration avec le dessinateur Clément Oubrerie élargit alors l'inspiration sur les péripéties des habitants de Yopougon. "C'est ce qu'on essaie de faire avec Aya", précise le graphiste, "qu'au bout de trois pages, les gens oublient que c'est une histoire avec des Noirs, qu'ils lisent juste une histoire." L'adaptation pour le cinéma est alors réalisée avec les moyens de Autochenille Production, une société qu'il anime avec Antoine Delesvaux et Joann Sfar. Après avoir produit Le Chat du Rabbin de Sfar, 2011, l'équipement de leur local, Banjo Studio, a permis de créer les images animées de Aya de Yopougon, à Paris. Mais la distribution du film est prévue pour toucher un large public grâce au réseau français de UGC, en dépassant les frontières pour régaler les spectateurs ivoiriens et ceux de l'Afrique de l'Ouest qui connaissent Aya de près. Un défi qui repose sur l'abattage de l'héroïne ivoirienne et ses copines, capables de piquer tous les esprits.

Publié le 15/07/2013

http://www.africine.org/index.php?menu=art&no=11670

Auteur(s): Michel AMARGER

Soumis par Caroline Messa Wambé le

Aya de Yopougon

Aya de Yopougon de Marguerite Abouet et Clément Oubrerie, par Anne Crémieux

En sortie le 17 juillet sur les écrans français.

La version filmée d'Aya de Yopougon est très attendue par les nombreux fans de la BD éponyme. Loin du misérabilisme et des généralités sur tout un continent, le petit quartier de Yopougon constitue la micro-société par excellence. Se côtoient les pauvres et les nantis, les durs et les mous, les beaux gosses et les binoclards, les naïves et les fortes têtes. Tout le monde se retrouve régulièrement pour faire la fête, quand ça ne se finit pas en bagarre alcoolisée. Quoi de plus logique que de voir tout ce beau monde créé par Marguerite Abouet et mis en image par Clément Oubrerie se mouvoir à l'écran ? Aya et ses copines, les copains des copines, les parents des copains et les copains des parents : on n'attendait que ça, de les voir bouger, deh ! Et de les entendre aussi. Car si la bande dessinée a été applaudie pour son humour et sa vision rafraîchissante de ce quartier d'Abidjan des années soixante-dix, sa richesse tient aussi au langage authentique qui s'offre au monde francophone (chaque volume est agrémenté d'un glossaire) et à l'ambiance cinétique et musicale qui s'en dégage. Or le film d'animation peut exploiter ces atouts encore plus directement que la bande dessinée.

Ces scènes de la vie de tous les jours sont l'occasion de grandes leçons de civisme et de politique, mais aussi de micro-observations du mode d'être des personnages. On n'est pas étonné d'apprendre que Marguerite Abouet a recruté sa famille pour jouer les scènes de danse ou d'échanges verbaux. Les équipes d'animateurs se sont appuyées sur des captations vidéos pour reproduire le mouvement. Chaque marche entre copines, chaque introduction de personnage insuffle un rythme lent et onduleux, comme porteur de la chaleur visible dans les ombres et les couleurs. À ce bercement permanent s'ajoutent les tonalités des dialogues drôles et justes, grâce aux voix authentiques auxquelles l'équipe tenait : pas question de se tourner vers des stars franco-européennes quand les talents africains ne manquent pas. Aya est campée par Aïssa Maïga (Bamako, Sur la piste du Marsupilami), d'origine sénégalaise, tandis que son amie Adjoua est jouée par la comique franco-ivoirienne Tatiana Rojo, sous le charme de la voix de velours de Djédjé Apali. Vu le texte et l'importance donnée à la langue, il eut été impossible de procéder autrement, d'autant que le film est extrêmement fidèle aux deux premiers volumes d'Aya qu'il adapte. Les coupes obligatoires n'empêchent aucunement les auteurs de prendre le même soin à amener les gags visuels, qui fonctionnent aussi bien à l'écran que sur papier, comme cette étonnante ressemblance entre le petit Bobby et cet homme qui ne devrait pas être son père. Si on en croit l'apparition furtive du personnage d'Inno, en vedette dans les volumes suivants, on peut espérer une trilogie yopougonaise, en espérant que le film trouvera le même écho auprès du public que la bande dessinée avant lui.
 

15|05|2013.

http://www.africultures.com/php/index.php?nav=article&no=11502

Auteur(s): Anne CREMIEUX

Soumis par Caroline Messa Wambé le

Le Collier du Makoko d'Henri-Joseph Kumba Bididi

Charles Mensah, qui vient subitement de nous fausser compagnie le 3 juin 2011, était producteur délégué du film. Effectivement, Le Collier du Makoko s'inscrit dans le projet d'un cinéma grand public sans abêtissement et produit au Sud, cher à feu le président de la Fepaci (Fédération panafricaine des cinéastes). Henri-Joseph Kumba Bididi avait déjà commis Les Couilles de l'éléphant qui mêlait humour et critique politico-sociale en un cocktail plutôt sympathique (cf. [critique n°2091]). C'est également le cas de son nouvel opus que l'on suit à plaisir.

Les scènes de la cour de la reine Téké évoquent une imagerie de carton pâte propre à la bande dessinée, impression renforcée par la stéréotypie de certains personnages comme le collectionneur d'antiquités africaines : tout le film se suit comme une BD au rythme allègre et enjoué. On est séduit par le jeune Thomas, héros positif et modèle de débrouille auquel s'identifiera volontiers tout adolescent comme ce fut le cas avec Bandian du Ballon d'or de Cheik Doukouré. Les effets spéciaux qui lui permettent de côtoyer le lion comme s'ils avaient grandi dans la même cage sont parfaitement réussis. Il a dans le film un vrai devenir initiatique, en parallèle aux évolutions du scientifique Octave (Eriq Ebouaney) qui veut réimplanter des lions au Gabon et de la journaliste Marie (Hélène de Fougerolles) qui lui colle à la peau, tous deux tissant un tissu de contradictions préservant leur complexité et qui en fait des personnages aussi agaçants qu'attachants.

Servi par des seconds rôles truculents comme le Vietnamien rencontré en brousse et par des situations burlesques qui fonctionnent, le film divertit comme un film d'aventures léger et bien ficelé mais accroche aussi lorsqu'on voit les pygmées manier l'électricité solaire ou reconnaître Octave pour l'avoir vu dans le journal. Il passe ainsi dans Le Collier du Makoko quelques idées simples sur le respect des humains qui donnent à ce spectacle familial une belle positivité.

Critique > cinéma/tv, 27|07|2011

http://www.africultures.com/php/index.php?nav=article&no=10340

Auteur(s): Olivier BARLET

Soumis par Caroline Messa Wambé le

Se reconstruire après l'excision

Un urologue français a créé une chirurgie de restauration du clitoris. Les femmes excisées peinent à en bénéficier. Au Burkina Faso et en France, des femmes ont décidé d'être opérées. Elles témoignent de leur combat pour devenir des femmes "entières".

Des comédiennes incarnent d'autres femmes qui ont choisi de témoigner dans l'anonymat. Un dialogue s'établit. La parole se libère. La restauration du clitoris deviendra-t-elle un droit universellement reconnu ?

"Femmes, entièrement femmes" sera diffusé par TV5 Monde le vendredi 14 mars 2013 (18 h heure de Dakar), le dimanche 16 mars (6h du matin heure de Dakar) et le mardi 18 mars (15h 30 heure de Dakar). Il sera diffusé le 1er mars à 21 h sur Lyon Capitale TV.

Le clitoris ne sert qu'au plaisir de la femme : c'est le seul organe humain qui ne sert qu'à cela. Mais la sexualité des femmes fait peur à l'homme. Au-delà de toutes les explications de circonstance, l'excision a clairement pour but de garder la femme sage et fidèle : "Une femme non-excisée devenait trop forte", signale une vieille femme dans le film de Philippe Baqué et Dani Kouyaté.

Encore un film sur l'excision ? Avec 140 millions de femmes excisées à travers la planète, ce ne serait pas un film de trop ! Son but n'est cependant pas de documenter la lutte contre l'excision, ce que faisait par exemple brillamment pour le Burkina Faso Maïmouna la vie devant moi de Fabiola Maldonado, 2007 (cf [critique n°6846]). Pour l'Europe des films ont été réalisés avec le GAMS (Groupement pour l'abolition des mutilations sexuelles) : Mon enfant, ma sœur, songe à la douleur de Violaine de Villiers (2006) ou Noires douleurs de Lorène Debaisieux (2007). Ce dernier informe également sur l'opération qui restitue l'organe en restaurant les nerfs et la forme normale du clitoris, permettant à la femme de retrouver une vie de femme "entière".

C'est cet adjectif qu'ont choisi Philippe Baqué (qui a notamment coréalisé l'excellent Le Beurre et l'argent du beurre -cf. [critique n°5985]) et le bien connu Dani Kouyaté pour leur film entièrement consacré à cette reconstitution du clitoris. Car c'est de cela qu'il s'agit, comme les femmes qui témoignent le font comprendre : être femme entièrement, pouvoir reprendre sa vie en mains alors qu'elles n'ont pas choisi d'être excisées, retrouver son estime de soi et combler cette impression de manque qui dominait.

"Ça a changé ma vie !" insiste une femme. L'excision est cause d'hémorragies, d'infections, et dans le cas de l'infibulation de douleurs durant les relations sexuelles et de complications avec déchirures durant les accouchements. Mais ce n'est pas tant sur les séquelles graves de l'excision que se concentre le film mais sur le fait d'oser en parler, et d'oser vouloir être opérée pour "se reconstruire".

On estime à près de deux millions le nombre d'excisions pratiquées par an, soit 6000 par jour. Le Dr. Pierre Foldès, un urologue français, a mis au point une intervention chirurgicale qui restaure le clitoris et l'a pratiquée 4200 fois. On le voit former d'autres docteurs au Burkina Faso pour élargir les possibles. Bien sûr, seul un petit nombre de femmes pourront profiter d'une opération encore rare et chère, sans compter qu'il faut lutter contre la récupération des sectes (les Raëliens, si sûrs d'eux) ou la spéculation de certains médecins, et que les politiques ne s'occupent pas de régulation. Mais face aux préjugés claironnés par les hommes lors d'une conversation de maquis en début de film, un éveil des consciences est nécessaire et ce film y contribue singulièrement.

Il adopte en effet une mise en scène engagée de la parole, dépassant le simple témoignage frontal, ouvrant ainsi à l'incertitude et à l'ambivalence de décisions difficiles à prendre : des femmes (ici des comédiennes reprenant leurs textes), disposées en cercle, échangent entre elles sur un blog et se confient ainsi dans leur intimité en tapotant sur leurs ordinateurs. La caméra leur tourne autour dans l'obscurité : le dispositif accentue la concentration sur ce qu'elles disent tout en produisant un rythme au diapason. La courbe de la trajectoire de la caméra forme une boucle sans pour autant se clore : il s'agit de revenir à soi tout en s'ouvrant aux autres. Ces temps des intimités qui se répondent et vibrent ensemble forgent ainsi la possibilité d'une ligne, une mélodie, une pulsation commune qui les dépassent pour devenir la parole et l'élan des femmes qui se prennent en mains.

C'est dans cette détermination qu'elles arrivent à surmonter les questions d'honneur attachées à l'excision : "Je ne crains pas le couteau, je crains la honte de ma mère", chante une vieille dame dans le film. Mais les temps changent et la même femme indique qu'aujourd'hui, les femmes excisées ne trouvent pas de mari. La grande actualité de ce film, dont la cohérence impressionne, est ainsi de se concentrer sur la réparation, et partant la reconstruction non seulement du plaisir mais de la femme toute entière.

Critique > cinéma/tv   26|03|2014

http://www.africultures.com/php/index.php?nav=article&no=12093

Auteur(s): Olivier BARLET

Soumis par Caroline Messa Wambé le

Encore un film pour dénoncer les tares africaines

Le long métrage d'Apolline Traoré a été projeté le vendredi 14 juin 201, en ouverture de la 13e édition du festival Images et vie. C'est un film mélangeant noir & blanc et couleur. Il est léger, avec une fin sans surprise. Les thèmes abordés sont nombreux. Et la réalisatrice semble faire l'apologie de l'individualisme, avec une héroïne qui s'isole volontairement de sa communauté.

Un mannequin qui détonne Moi Zaphira ! commence sur un gros plan du visage de l'héroïne (incarnée par Mariam Ouédraogo) qui a les yeux fermés. Elle ouvre ses yeux et nous plonge dans son univers : le village de Kalassa. Zaphira est une veuve, avec une fille, et elle veut rester fidèle à la mémoire de son mari Lokré, infirmier mort dans un accident. Sa belle-famille veut qu'elle se marie avec le petit frère ; ce que ce dernier n'accepte pas. Il va offrir à Zaphira un cadeau emballé dans un papier glacé de magazine.
À la vue des mannequins de mode, Zaphira dit qu'elle veut que sa fille en soit une. Une fille qui, en fait, rêve de devenir infirmière comme son père, pour aider son village. Un rêve que sa mère va briser, malgré toute la ténacité de la petite fille qui va essayer de lutter. L'interprète de Katia, petite fille, est convaincante, à l'instar de la grande Katia incarnée par Salimata Traoré. Elle saura transmettre et faire sentir toute la rancœur qu'elle avait pour sa mère, qui a sacrifié ses rêves, pour une vie qu'au fond elle n'aime pas. La grande Katia semble s'isoler de tous, alors que ses collègues font la fête. Le film se referme sur ses yeux, laissant la mémoire se souvenir.

Le personnage de Zaphira, détonne au milieu des habitants de Kalassa. Comme un mannequin, elle semble être parachutée dans ce milieu qui n'est pas le sien. Aucune évolution dans son jeu, aucune émotion. Dix ans après, ses traits sont restés inchangés, alors que logiquement elle aurait dû subir les dégâts causés par les travaux dans les mines, les dures conditions de travail et de vie dans ce fin fond du Burkina Faso. Mais rien de tout ne cela, contrairement à son ami Suzy, la prostituée de Gouri, le village minier, qui, elle, a su faire évoluer son personnage. En tenue traditionnelle, elle est flétrie, en prenant un léger coup de vieux.

Sus à la pauvreté, à la dépendance et aux traditions éculées

Dix ans après, le temps semble n'avoir aucune prise sur les différents acteurs. Kalifa, le beau frère nous apparait comme au début du film, mais en couleur désormais. Si au début, seuls les magazines de mode avaient de la couleur, il n'en est pas de même à la fin où le village de Kalissa s'est développé grâce à la volonté des femmes. Les femmes sont à l'honneur dans ce film. Elles se battent pour leurs enfants, même si elles s'y prennent mal parfois, et font fi de leurs desiderata. Suzy se prostitue pour son fils, Zaphira remue ciel et terre pour faire de sa fille un mannequin, les autres femmes du village décident de cultiver pour pallier à l'absence de l'aide internationale, au grand dam du chef de village, le "Douguitigui". Ce dernier estime que les Blancs ont assez exploité les Africains, à eux de les nourrir maintenant. Des points de vue qui font rire.

La naïveté des personnages de Moi Zaphira ! étonne et inquiète. Même si la fin est plutôt optimiste, on ne peut s'empêcher, de se poser la question d'Axelle Kabou, "Et si l'Afrique refusait le développement ?" avec ses traditions, et croyances qui parfois inhibent et annihilent l'épanouissement personnel, pour la communauté qui préfère stagner.

Article paru dans le Bulletin spécial Festival de cinéma image et vie 2013, issu de l'atelier de formation à la critique, initié par l'Association Sénégalaise de la Critique Cinématographique (ASCC), Dakar.

09/07/2013

http://www.africine.org/index.php?menu=art&no=11650

Auteur(s): Oumy Régina SAMBOU

Soumis par Caroline Messa Wambé le